Alors que notre histoire est répandue comme une traînée de poudre par les conteurs, j’en entend déjà de nombreuses adaptations, idéalisations, et elle devient petit à petit une jolie fable lisse et épique. Aussi je pense qu’il est important que nous laissions une trace écrite de notre “voyage”, même si je suis bien conscient qu’à notre époque, la tradition orale est bien plus répandue que l’écrit, et cela depuis la Chute Des Hommes. Mais je veux que ce qui reste de ce qu’est et a été ma famille, soit retranscrit au plus juste et non déformé, contrairement à de nombreuses histoires.
J’ai tardé à écrire ces lignes, je m’y suis repris de nombreuses fois, mais j’ai l’impression que quand je mettrai le point final à ce texte, certaines choses deviendront bien réelles…
La majorité de ce récit vous sera racontée à travers les journaux de bord de mon oncle : ces petits carnets dans lesquels il a noté toute sa vie durant de nombreuses années. Il m’est arrivé d’écrire dedans quand mon oncle, Louka, ne pouvait pas le faire, et nous avons ajouté quelques notes lorsque nous avons choisi les textes à vous partager. Par “nous”, je parle de certains de nos amis les plus intimes.
En conséquence, certains textes antérieurs à ceux de son quotidien sont signés du nom de ma mère par exemple. D’autres encore sont tirés des histoires, contes et récits mythologiques qu’elle ou mon oncle me racontaient quand j’étais enfant et que nous avons intégrés au recueil que vous tenez entre les mains, afin de vous transmettre tous les éléments pour comprendre notre histoire.
En revanche, tous les textes que Louka a écrits au fil du temps ne sont pas présents, puisque comme dans la vie de n’importe qui, il y a des jours qui ne méritent pas d’être racontés.
D’après ce qu’il me disait dans mon enfance, Louka a commencé à avoir des problèmes de mémoire il y a environ vingt ans : dès lors, il n’a plus gardé certains éléments de sa vie en tête. Il me racontait souvent qu’au delà d’une dizaine d’années, ses souvenirs étaient très rares. Il a donc pris l’habitude de tout consigner dans des carnets, mais l’écriture est également une tradition familiale.
Pour ma part, je m’appelle Méallan, je descends des Aénor, qui fut autrefois une grande lignée. D’après les registres, nous avons surtout été connus pour être issus d’un sang très pur et nos ancêtres veillaient à préserver une certaine magie des mots, permettant de la faire croître de génération en génération, un peu comme les enfants de la lune le font de nos jours.
Mes ancêtres vivaient en nomades la moitié de l’année pour transmettre L’histoire perdue d’avant la chute des hommes et de l’ancien monde. Ainsi, chaque famille partait, parents et enfants, à travers le monde, puis revenait au village familial pour la période hivernale, avec les vivres qu’ils gagnaient durant le voyage en faisant des emplois saisonniers avec la rétribution versée par les conteurs en échange de leurs histoires.
À ce jour, les seules personnes que j’ai croisées dans ma vie qui portent le nom Aénor se comptent sur les doigts d’une main, même s’il en existe sans doute d’autres…
Un dernier point important : mon oncle est un empathe (ou empathique). Pour l’expliquer de façon succincte, les empathes ressentent les émotions des autres et il peut leur être difficile de les différencier des leurs; cela peut aller jusqu’à des manifestations physiques de la douleur d’autrui, mais en découvrant la vie de mon oncle au jour le jour, il vous sera plus aisé de comprendre ce dont il retourne. Cette magie étant stigmatisée, pour des raisons religieuses principalement, vous n’en avez peut-être entendu parler que dans les légendes.
Pourtant, c’est bien pour mettre fin à toutes les légendes et stigmatisation de ces derniers que nous avons décidé de faire connaître notre histoire.
Sur ces mots, je vous laisse découvrir notre histoire, à Louka, à moi, à Nacht, Tsuki et bien d’autres encore.

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