1 – Premier jour, premier carnet, premiers mots

Encore un soir dans une ville et encore un débordement, comme dans ma jeunesse. Je suis rentré à l’auberge en titubant et barbouillé de sang. L’aubergiste m’a regardé avec mépris, et si mes affaires n’avaient pas été dans la chambre, je doute qu’il m’ait laissé rentrer dans l’établissement. Je vais aller me rafraîchir et me soigner sommairement avant de coucher ma journée sur le papier, je ne voudrais pas mettre du sang sur ce carnet alors qu’il prend aujourd’hui ses fonctions.

* * *

Après plusieurs jours de voyage, tantôt en me faisant déposer, tantôt en marchant, j’étais rassuré de trouver enfin une ville de taille raisonnable : j’avais espéré m’y installer et reprendre mon activité de reliure, mettre amélioré dans ma maitrise de ma maladie depuis cette époque ou je voyageais avec mes parents. Après avoir pris ma chambre et déposé mes affaires, je me suis laissé emporter par mon enthousiasme et je suis partie à la découverte de cette nouvelle ville. Certes je ne comptais pas m’approcher de foule, mais juste me promener, visiter des quartiers plus éloignés du centre et donc moins agités. Après plus d’une heure de marche, la fatigue commençait à se faire sentir, mes sens devenaient irritables, et la proximité avec d’autres personnes devenait plus envahissante, aussi le besoin de rentrer a commencé à devenir pressant. Or, dans la panique, je n’arrivais plus à retrouver mon chemin.
Alors que je trouvais enfin une rue qui me semblait familière, j’ai été bousculé par un jeune homme, très intéressé par la dame qui l’accompagnait.
Le contact m’a fait vriller…
J’ai commencé à ressentir son attirance, et donc à vouloir la séduire, prêt à tout pour lui plaire. Forcément cela n’a pas plu à son cavalier. Celui-ci faisait une tête de plus que moi et n’avait pas du tout peur du moustique que je suis. En conséquence, je n’ai pas eu peur de lui une seconde et nous en sommes venus aux mains.

J’ai eu la chance de tomber sur une personne relativement pondérée qui n’a pas vu l’intérêt de me mettre en pièce, mais juste de me passer l’envie de séduire sa compagne.
Après cela, je suis restée un long moment accroupie au sol à essayer de faire taire tout le bruit des gens dans ma tête tandis que mon nez saignait. J’ai fini par me relever pour rejoindre l’auberge en titubant, tout penaud et espérant ne toucher personne, le résultat aurait été catastrophique. Rien que de sentir la pitié et le dégoût des gens à quelques mètres de moi, m’a suffi à me rappeler pourquoi je devais vivre isolé.

Et je vais souhaiter que personne n’ait compris pour ma maladie. Dans le doute, je dois reprendre ma route sans attendre.
En espérant que mes contusions ne seront pas trop visibles demain, sinon il va être compliqué pour moi de trouver du monde pour m’emmener sur leur trajet ou pour m’héberger.


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