2 – Début d’une nouvelle vie

Seul face à ce journal presque vide, je dois admettre que je me sens toujours un peu bête. C’est un exercice auquel je vais mettre du temps à m’habituer.

Cependant, malgré mon jeune âge, j’ai la sensation que beaucoup de souvenirs m’échappent. Durant les derniers mois passés aux côtés de ma sœur, je n’avais pas l’impression que ma mémoire s’était autant dégradée. Oxanne m’aidait à me souvenir des évènements passés, me les racontant, aussi patiemment que possible, même quand elle devait le faire parfois plusieurs fois de suite. Cependant, maintenant que je suis à nouveau seul avec moi-même, j’ai peur de perdre la tête si je ne prends pas de mesures. Aussi j’ai décidé qu’à partir d’aujourd’hui, j’écrirai ma vie au jour le jour. Cela devient nécessaire. 

Oxanne est de trois ans mon ainée, nos relations ont été très compliquées durant notre enfance. Elle m’a longtemps considéré comme responsable de nos problèmes familiaux et elle savait me le faire comprendre, mais dès que nous avons quitté la maison, l’un et l’autre, les tensions se sont apaisées. Aujourd’hui, nous pouvons être très complémentaires : avec son tempérament de feu, elle est généralement très vive et pleine d’énergie avec des émotions exacerbées, telles que la passion ou la rage. Quant à moi, je suis plutôt fait d’eau, plus modérée, mais sensible. Cela signifie également que dans la durée, nous nous fatiguons mutuellement.

Mais depuis la naissance de son fils, Méallan, elle semble ailleurs, distante, voire même un peu éteinte. Elle l’élève seule dans son petit village reculé. Je m’inquiète de la savoir là-bas, mais elle m’assure qu’il y a du monde pour l’épauler. Le père du petit est parti peu de temps avant qu’elle n’accouche, je n’en sais pas plus et je ne me souviens pas l’avoir rencontré. C’est un sujet que ma sœur refuse encore d’aborder, mais la connaissant, je ne me permettrais pas de juger sans savoir.

Cependant, la guerrière qu’elle est a décidé d’aller de l’avant malgré le départ de cet homme : sa rage semble très froide, ce qui n’est pas habituel chez elle.

En réalité, j’ai le sentiment que l’on trouve la force de faire beaucoup de choses par amour, surtout pour un enfant. Sans même m’en rendre compte, j’ai prolongé mon séjour chez elle au point qu’une année s’est presque écoulée depuis mon arrivée.

Elle a nommé son garçon Méallan en l’honneur de notre jeune frère, celui-ci étant décédé d’une façon que je souhaiterais oublier. Je ne comprends vraiment pas qu’elle ait choisi ce prénom. Visiblement, elle ne semble pas vouloir effacer ce souvenir de sa mémoire.

Suite à la mort de notre frère, notre famille a implosé. Nous n’avons plus été capables de vivre les uns auprès des autres sans que de mauvais souvenirs reviennent nous hanter. Un an, c’est déjà un record pour Oxanne et moi.

Aussi, il est grand temps que je reprenne ma route, temps que je trouve un lieu chaleureux où m’installer, un lieu à moi. Peut-être même pourrais-je envisager de fonder mon propre foyer ? Bien que rien ne presse, cela commence à me peser de vivre isolé.


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