Pour les fidèles de Yaël, dont ma famille fait partie, il est nécessaire de travailler notre vie entière à devenir la meilleure version de nous-mêmes. C’est pour cela que je trouve important de faire le point concernant qui je suis aujourd’hui : quels sont mes qualités et mes défauts, car si je l’oublie, je ne saurai jamais si je me suis amélioré.
Depuis mon enfance, on m’a souvent considéré comme fragile, d’abord à cause de ma maladie, mais aussi par mon physique frêle. Aujourd’hui, j’accepte que le monde m’ait fait ainsi. J’ai l’air un peu plus jeune que je ne le suis; on me dit généralement que je dois être vers la fin de la vingtaine, ce qui n’est finalement pas si loin de la vérité.
Je me présente souvent comme un solitaire. Pour être exact, il faudrait plutôt me désigner comme une personne qui aime observer les autres, comprendre les relations et leurs enjeux, j’ai en effet passé tellement de temps à le faire quand j’étais enfant, alors que je ne pouvais pas me mélanger à eux. Je suis discret, à ne pas confondre cependant avec timide, attention, car j’aime les grands moments de partage, les fêtes, les bals … Pourtant, le seul moment où j’aime être au centre de l’attention, c’est lorsque je conte les histoires ancestrales.
J’en ai rarement l’occasion, car ce n’est pas mon métier, et je comprends qu’un conteur n’aime pas que je lui vole son travail. De par ma naissance, mon rôle est de réécrire, retranscrire les histoires, ou encore de les traduire si nécessaire. Là encore, je ne suis pas dans mon domaine professionnel; je me suis dirigé il y a longtemps vers la littérature botanique, non pas que ce soit une passion pour moi, mais c’est une spécialité recherchée et j’ai toujours aimé les plantes.
Je suis une personne calme et je m’emporte rarement, mais je suis également très sensible, moralement comme physiquement, cela étant accentué par ma maladie.
La sensibilité est une caractéristique des personnes dont l’âme est fortement composée d’eau. Cela signifie principalement que dans mon caractère, c’est d’abord mon cœur qui me guide, et qu’ensuite seulement vient ma raison.
J’aspire à une vie où je ne serais plus seul, une vie sans secret ni mensonge, où rien n’est tabou… Compliqué, pour quelqu’un comme moi.
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Cela fait déjà trois jours que je suis dans cette ville qui grouille. Jusqu’à présent, j’ai vécu au jour le jour principalement dans les petits villages que je croisais, rendant des services en échange d’un toit et d’un repas. Mais chaque fois que je retourne dans une ville, c’est une autre histoire : mes économies ne me permettent pas de rester dans ce lieu où les gens n’ouvrent leurs portes qu’à ceux qu’ils connaissent. De plus, je deviens agressif à force de côtoyer ces gens, leur colère et leur peur malsaines commencent à m’atteindre. Il va donc être temps pour moi de trouver un endroit où poser mes valises : un petit village, calme et bienveillant, où je pourrais reprendre la reliure, peut-être même les traductions et les retranscriptions, dont je suis friand, mais qui alourdissent mes bagages.

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