Hier soir, après avoir partagé un repas avec les habitants, j’ai dormi à la belle étoile. Les nuits sont encore fraîches, mais bien abrité et enroulé dans une bonne couverture, c’est tout à fait supportable; j’ai depuis le début de mon voyage dormi sans toit au-dessus de la tête à de nombreuses reprises et cela me permettra d’apprécier d’autant plus l’endroit où je dormirai ce soir.
Les villageois ne sont pas méchants, mais méfiants. Certains m’ont expliqué qu’ils avaient eu de mauvaises expériences il y a maintenant quelques années et que depuis, on ne rentrait plus chez eux sans être connus de tous.
Peu à peu, je découvre le fonctionnement de ce village : ce matin, l’un des dirigeants prénommés Zeck, qui m’a paru étonnamment jeune, est venu me chercher pour déjeuner avec eux. À cette occasion, il m’a expliqué qu’une fête saisonnière était en préparation, et qu’ainsi le village avait plus que jamais besoin de bras. Il m’a demandé quel était mon métier, j’ai un peu balbutié avant de lui annoncer que je savais écrire et que je connaissais les plantes. Mes talents ne semblent pas l’avoir vraiment impressionnés, mais je devrais pouvoir me rendre utile, au moins pour faire la cuisine.
Il est très jovial et semble apprécier les siens, mais lorsqu’il m’a saisi le poignet, j’ai senti qu’une grande peine l’habitait. Je sens chez lui un amour pur, mais perdu.
Peu importe, cela ne me regarde pas.
Il me proposa aimablement :
— Il serait peut-être temps que quelqu’un te passe visiter le village. Ça te tente ?
— Ce serait avec plaisir. Je dois admettre que pour l’instant je ne connais que le quartier principal.
Je n’osais pas ajouter que j’avais bien senti qu’il était encore tôt pour beaucoup d’entre eux pour que je me promène librement.
— Il y a eu beaucoup de départs, il y a quelques années, donc plusieurs maisons sont restées vacantes si tu veux t’installer. Que tu restes avec nous ou non, tu ne vas pas pouvoir dormir dehors éternellement. Je vais te trouver quelqu’un pour te servir de guide.
Il regarda autour de nous et fini par appeler :
— Gaï, tu aurais un peu de temps ?
Une femme très grande et musclé s’approcha de nous, c’était probablement la pire personne pour me faire visiter, car depuis mon arrivée, elle avait été extrêmement hostile à mon égard.
— Louka, tu connais Gaïzka ? C’est une chasseresse du village, la plus douée qu’il soit. Gaï, ça ne te dérangerait pas de lui faire visiter le village ? Il faudrait surtout l’emmener voir les maisons vides pour qu’il n’ait pas à dormir dehors la nuit prochaine.
Elle me regarda avec dédain mais acquiesça :
— C’est toi qui voit gamin.
Zeck avait à peine tourné les talons qu’elle ajouta :
— Pour moi, il est encore bien trop tôt pour te laisser t’installer ici. Les chiens galeux peuvent dormir dehors.
Je ne sais pas bien comment on peut éprouver tant de méfiance envers moi, je n’ai pas vraiment un physique dangereux, mais je décidais de tout faire pour que cette visite se passe bien.
— Viens par là.
Elle s’engagea dans une rue et j’entrepris de la suivre. Nous avons déambulé dans la ville, elle marchait à grandes foulées comme si elle souhaitait me semer… Quand elle me parlait, ses paroles ressemblaient à des aboiements. Elle est sans aucun doute la plus réticente à mon installation au village.
Je tentais de me montrer sympathique mais tout semblait aggravé mon cas.
Soudain, au carrefour d’une rue, elle m’attrapa par le col de ma chemise et me plaqua contre le mur d’une maison, après quoi elle m’a mis en garde :
— Que les choses soient bien claires, si tu fais le moindre mal à l’un des miens, je te réduirai en miettes. Est ce que c’est compris ?
Je répondais oui de la tête tant bien que mal alors que mes pieds décollaient du sol. Mais elle n’en resta pas là :
— Un pas de travers, la moindre tentative de manipuler qui que ce soit, un geste malheureux, ou je ne sais quoi, et on entendra plus jamais parler de toi. Donne-moi un prétexte et je te louperais pas.
Je sentais sa haine et sa colère m’envahir lentement à cause de la proximité et je dû lutter de toutes mes forces pour ne pas me faire engloutir. Heureusement que nous n’avons eu aucun contact de peau à peau, je lui aurais probablement sauté à la gorge, et vu son gabarit puissant… La situation n’aurait pas tourné en ma faveur. Le moindre mal aurait été que l’on me chasse juste du village, après une telle réaction.
Heureusement, une villageoise qui passait par là nous a demandé si tout allait bien et cela a instantanément calmé la chasseresse.
Ainsi, la visite se poursuivit, même si je restais secoué par son agressivité. Je ne tentais plus de créer un échange avec elle et me contentait de la suivre Je sens un véritable dégoût, une méfiance dès qu’elle s’approche de moi.
Elle m’a rapidement laissé à mon sort après m’avoir indiqué les maisons disponibles. Il y en a une qui est rapidement sortie du lot car elle était plus isolée. J’y ai posé ma valise, puis je suis retourné aider en cuisine pour leur fête.
Le soleil s’est couché depuis bien longtemps, je suis épuisé par mon errance, ma journée, mes émotions, et d’autres travaux m’attendent demain; il est donc temps de m’arrêter là pour aujourd’hui.

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