6 – Une grande maison vide

On m’a libéré plus tôt ce soir pour que je puisse m’installer dans ma nouvelle maison : il y a des habitations dans des états très variés qui restent à l’abandon et celle où je me suis installé semble avoir peu subi les années. Elle est plutôt isolée, au versant d’une petite colline et en lisière de forêt.
Je l’aime bien, une douce chaleur s’en dégage.
Elle a dû être occupée jusqu’à très récemment, mais personne ne semblait vouloir en dire plus et soyons honnêtes : ça ne changerait surement rien à mon choix.
Après un bon ménage, je me suis rapidement installé, j’ai passé les jours suivants à construire quelques meubles simples, lit, fauteuils, puis posé quelques étagères.

Vue de face, sa structure est en forme de dôme, mais l’arrière de la maison est partiellement enseveli dans le terrain, afin de préserver une température agréable. C’est en tout cas ce que m’a expliqué la chasseresse. Nous nous sommes d’ailleurs recroisés à plusieurs reprises et celle-ci semble toujours exaspérée par ma simple présence, mais elle se contente désormais de m’ignorer.

Revenons à cette bâtisse : les murs sont de la couleur du sable et la nature semble vouloir fusionner avec l’extérieur, puisqu’elle se recouvre peu à peu de mousse et de lierre.
Une fois à l’intérieur, on découvre une construction dont les meubles d’origine donnent l’impression d’avoir coulé des murs qui constituent le dôme. Ce sont d’ailleurs pratiquement les seuls murs, puisqu’à l’exception de la salle de bain, tout est ouvert. Face à moi, la poutre centrale donne l’impression d’un tronc dont la mezzanine et le plafond seraient les branchages, pour retomber ensuite comme un saule pleureur afin de constituer les murs d’enceinte. Du sommet de ce dôme et jusqu’au pied de la mezzanine, la maison est constituée de grosses branches qui maintiennent le poids de la construction. Je suppose que ces piliers descendent jusqu’au sol, mais si c’est le cas, ils sont masqués dans les murs sur toute la partie basse de la structure.

Ensuite, si je reprends la visite depuis l’entrée, devant moi, se trouve une modeste table de salon en bois avec quatre chaises que mes prédécesseurs ont laissées là.
Depuis ma gauche, en tournant dans le sens horaire, on découvre une petite cuisine, composée d’un plan de travail sous lequel sont placés des rangements sans porte et au-dessus desquels se trouvent des petites étagères à condiments, quelques crochets pour les ustensiles ainsi qu’un baquet pour mettre de l’eau.

Il y a une très belle cheminée dans la continuité du plan de travail, plutôt ronde et qui a l’air bien pratique pour cuisiner; si l’on se retourne pour faire face à la poutre, on voit mon premier fauteuil et son jumeau est un peu plus au fond de la pièce. Le mur reliant la cheminée à celui de la salle de bain est recouvert d’étagères destinées à recevoir mes livres.
Nous arrivons aux deux cloisons dont j’ai parlé précédemment, celles de la salle de bain. Sur l’une d’elles se trouve la porte et sur l’autre, il y a une fenêtre composée de fragments de verre dépoli pour laisser passer la lumière. C’est une très jolie pièce, composée de plusieurs mosaïques de verre transparentes, dans différentes teintes.
Pour finir la visite du rez-de-jardin, nous revoici à l’entrée, à côté de l’escalier qui débute tout à droite de la porte et dont le palier se situe au-dessus du premier mur de la salle de bain (celui avec la fenêtre). L’espace sous l’escalier sert de rangement, avec tout d’abord de grands tiroirs puis des étagères, afin d’optimiser la place disponible.

L’étage est plus petit, il ne couvre que la moitié du rez-de-jardin et se finit donc par une balustrade contre laquelle est posé le lit. La pièce est en grande partie composée de sous-pente, mais le plafond est en verre sur une surface raisonnable alors qu’elle n’est ainsi pas oppressante.

Du haut de la petite colline, assis adossé à la maison, je peux observer le village en contrebas, ma tisane quotidienne à la main.
D’ici, on voit le très ancien mur d’enceinte partiellement présent, ainsi que toute la verdure luxuriante qui entoure le village, puis les champs à perte de vue. J’ai toujours apprécié observer la vie qui se déroule sous mes yeux et de cet endroit, je suis comblé.

Note de M.A. :
C’est plaisant pour moi de relire cette visite de la maison. Cette chère vieille maison.
Je sens l’odeur des herbes qui séchaient suspendues le long de la poutre de la mezzanine me revenir tendrement, le bruit sourd de la pluie qui tombe sur le toit, je revois Louka qui tentera des années plus tard de reboucher les fuites incessantes dans le mur de la cheminée qui craquèle.
Avec le temps, je n’y associe que les bons souvenirs et pourtant, nous n’y avons pas eu que des mots tendres l’un pour l’autre.


Commentaires

Laisser un commentaire