En plein milieu de l’après-midi, Gaïzka est venu me rendre visite. Alors que je m’affairais à la maison sur la reliure d’un très beau manuscrit sur les oiseaux qui m’avait été confié, elle a décidé qu’il était temps pour nous de sortir se balader. Elle me pressa pour que je parte avec elle, quelques provisions sous le bras et ce qu’il faut pour dormir à la belle étoile. Si je ne la connaissais pas, je penserais qu’elle me drague.
— Soyons honnêtes mon petit Lou, ton vieux bouquin attendra bien demain, le ciel est magnifique ces jours-ci ! Me dit-elle avec empressement. On traverse la forêt en direction du village voisin, et on s’installe dans la clairière ?
J’eu un petit rire.
— Le ciel sera le même depuis mon jardin, non ?
— Bien sûr que non, aller, je t’embarque, ça va être super, tu vas voir.
— Tu es bien consciente que nous allons arriver là-bas aux alentours de minuit, qu’il faudra faire un feu, manger, installer le campement ? Tout ça pour repartir demain ?
Cela ne me posait pas réellement de problème, mais son idée était complètement saugrenue.
— Non ! Pas de feu ! s’exclama-t-elle avec brusquerie. Il fait bon en cette saison ? Allez bon sang, presse toi, sinon nous arriverons à l’aube.
— Très bien, me résignais-je. Laisse-moi juste une seconde, je vais regrouper quelques affaires. Peux-tu verser ma tisane dans la gourde pendant que je prépare quelques vêtements ?
Elle s’exécuta et je ne trainais pas non plus étant donné son enthousiasme.
Certes nous nous sommes beaucoup rapprochés, mais je doute que ce soit pour ma compagnie. Il y a sûrement autre chose.
Une fois mes affaires réunis, nous avons pris la route pour cette fameuse clairière. Nous avons beaucoup discuté durant le trajet, j’ai eu plaisir à échanger avec elle : elle a un esprit très affuté même s’il est souvent dissimulé derrière son impulsivité. C’est une femme vraiment très cultivé, elle connait beaucoup de chose sur les enfants de la lune, sur Yaëlle, mais aussi sur la chute des hommes, et elle semble toujours vouloir en connaitre d’avantage. Des fois, lorsqu’elle part quelques jours loin du village, elle rapporte un ouvrage ancien et nous nous faisons la lecture afin de le découvrir ensemble.
Ce fut le cas ce jour-là, nous avons passé une bonne partie de la nuit à lire ce livre, elle prit le premier tour de lecture . Tout en buvant ma mixture habituelle, je nous préparais un repas avec le provision que nous avions amené, ainsi que ce que j’avais cueilli durant le trajet.
Nous avons dormi dos à dos, enroulé chacun dans nos couvertures.
Un questionnement perdure encore : en quelle occasion a-t-elle fréquenté un empathe, car elle sait comment réagir à mon handicap. Elle ne me touche pratiquement jamais et les fois où elle doit le faire, elle s’arrange toujours pour limiter ses propres émotions, afin que je sois le moins impacté possible.
Après le petit déjeuner, je lui demandais où elle souhaitait aller, car je ne me sentais pas capable de m’éloigner davantage du village, et d’après les souvenirs que j’ai de mon arrivée, nous ne devions plus être loin du village voisin, mais heureusement, elle me répondit que rentrer tranquillement lui convenait tout aussi bien.
— Je pensais que ton but caché était de nous faire cheminer jusque là-bas.
— Non, je voulais juste te sortir de ta routine, faire un petit voyage inattendu.
— Tu sais, à un moment je me suis demandé si tu voulais me séduire ou me tuer en m’emmenant ici, retorquais-je.
Elle s’avança vers moi et me poussa délicatement contre un arbre, comme si elle s’apprêtait à m’embrasser.
— Mais non chaton, je ne veux que ton bien.
Je deviens rouge pivoine et elle me donna un petit baisé sur la joue avant de repartir à ses affaires en me lançant :
— Tu sais bien que tu es trop maigrichon pour moi, y’ a rien à manger sur toi, j’aime les mecs plus massifs et avec davantage de mordant.
Je lui souris, en comprenant que s’il y avait une raison à notre présence ici, elle ne me dirait pas laquelle, malgré cela, ce fut un très bon moment partagé tous les deux. Elle tenta à son tour de me questionner :
— J’ai moi aussi une interrogation. Je l’invitais à continuer d’un regard interloqué.
— Je te vois boire jour après jour le même breuvage, que tu n’as pourtant même pas l’air d’apprécier et tu ne le partage jamais.
Cela n’avait jamais été un grand secret pour moi, mais au vu de sa réponse évasive, je décidais d’en jouer. Un doigt sur les lèvre, j’annonçais :
— C’est le secret de mon charme et ma virilité voyons !
— Nan mais plus sérieusement.
Un large sourire sur le visage, je repris notre route sans répondre davantage et elle dû considérer que c’était de bonne guerre, car elle n’insista pas.
Nous fûmes de retour à tant pour le souper. Lors de notre arrivée au abord du village, Zeck nous aborda, tout sourire, pour nous dire qu’il espérait que cette escapade s’était bien passée et que nous n’avions rien manquer d’important durant notre absence.
Gaïzka et lui échangèrent un sourire entendu. J’ai supposé qu’ils avaient fait un pari ou quelque chose comme ça, mais cela doit les amuser de me laisser dans le flou, je ne leur donnerais pas la satisfaction de leur montrer comme j’étais curieux d’en savoir plus.

Laisser un commentaire