12 – Invités inattendus

Le printemps se termine pour laisser place à l’été, les journées sont longues et chaudes. Une visite inattendue hier en fin d’après-midi est arrivée en même temps que la nouvelle saison, je n’ai pas pu en parler dans mon journal puisque les discussions ont duré jusqu’à tard dans la nuit, si tard qu’il n’était plus raisonnable d’écrire.
À l’heure du thé, quelqu’un à frappé à la porte, et quand j’ouvris, elle me présenta un sourire bienveillant bien que son regard était un peu éteint.
Salut jeune homme, nous sommes d’humbles voyageurs qui cherchent un endroit pour passer quelques jours ? dit-elle avec humour.
Après 4 ans séparés, cela m’a emplit de joie de revoir ma grande sœur, elle ouvrit grand les bras pour me proposer une étreinte. Venant de l’un des membres de ma famille, cela indique qu’il acceptait l’éventualité probable que je connaisse toutes les émotions qui le traversait. Je n’hésitais pas une seconde et la prenais contre moi. A cet instant, je fut surpris par deux choses, la première fut que je ne ressentie qu’un murmure en elle, une joie à peine audible à mon pouvoir, ainsi qu’une certaine lassitude. La deuxième fut le petit garçon qui était cramponné à sa jambe et qui avait eu un mouvement de recul accompagné d’un grand sentiment de peur en me voyant fondre sur elle.
Les émotions des enfants sont bien plus brutes que celle des adultes, à son âge, il y a peu de différence entre la peur, la méfiance ou l’appréhension.
Je m’accroupie pour me mettre à la hauteur de Méallan, et lui sourit très chaleureusement :
Bonjour Méallan, tu ne te souviens pas de moi, en revanche je me souviens bien de toi, tu as beaucoup changé. Quel âge as tu ?
Du haut de ses quatre ans, il me jaugea. Ma tentative d’entrer en contact avait échoué, puis sans surprise, il retourna aussitôt se cacher dans les jambes de sa mère. et ma sœur eu une expression de lassitude, probablement que le petit avait été très demandeur durant les jours de trajets qu’ils avaient dû faire.
Je les invitais à entrer, elle prit le petit sans ménagement pour le poser sur sa hanche, et pénétra dans mon logement. 
D’après ses dires, Oxanne voulait juste voir le lieu où je vivais. Cela fait maintenant trois ans que je suis ici, nous n’avons eu presque aucun contact pendant tout ce temps. Cela n’a rien d’exceptionnel entre nous deux, d’autant plus que nous habitons à plusieurs semaines de voyage, même à cheval ou avec un autre transport, alors même si son prétexte est acceptable, je pense qu’il y a autre chose.
Je lui proposais une tasse d’infusion, qu’elle accepta volontiers. Elle s’assit à la table et laissa le petit glissé de sa hanche pour aller jouer. J’avais au part avant préparer ma boisson quotidienne qui fumais déjà sur la table et dès que leur infusion fût prête, je posais deux tasses supplémentaires, une en face de chaque chaise. Le petit vint se hisser à la place que j’avais l’habitude de prendre et attrapa ma tasse, que j’interceptai avant qu’il ne boive.
Je suis désolé mon garçon, mais celle-ci est pour moi.
J’inversais les deux tasses et m’adressait à ma sœur sur le ton de la plaisanterie : 
Si on ne veut pas qu’il se retrouve avec du poil au menton précocement…
J’avais oublié cette odeur caractéristique, pourtant, depuis toutes ses années, elle fait même partie de ton odeur corporelle. Tu n’en es pas lassé ?
Faisant tourner la tasse encore chaude entre mes doigts, je haussais les épaules, et questionnant cette habitude qui était devenue anecdotique.
C’est un peu amère et si je pouvais faire sans ma tasse quotidienne, cela m’arrangerait, mais c’est une contrainte qui me permet de me sentir mieux donc je l’accepte volontiers.
La conversation se continua sur différents sujets, nous échangions principalement sur ce qu’était devenu nos vies depuis mon départ.
Oxanne était plutôt concise dans ses réponses et semblait plus encline à m’écouter que me répondre.

J’ai, semble-t-il, sous-estimé l’importance de l’abandon qu’elle a subi de la part du père de Méallan, la simple existence du petit semble lui peser.

Son attitude vis-à-vis de lui me semblait si froide que je n’arrivais pas à l’écouter. Elle ne l’approche que pour des besoins vitaux, comme pour le nourrir, le laver et ainsi de suite. J’avais toujours pensé qu’elle était plutôt maternelle, pourtant elle semble peu disposée à s’occuper de lui. Ainsi, à son arrivée, peu importe les sollicitations dont l’enfant pouvait faire preuve, elle l’ignorait. La discussion fut laborieuse, nous avons échangé pour savoir ce que nous devenions, mais je ne pouvais détourner mon attention de lui.
En conséquence, le ton est monté plusieurs fois, comme à notre habitude. J’ai du mal à accepter son attitude avec Méallan, mais je ne veux pas non plus lui dire comment faire quelque chose que je n’ai jamais fait. Notre relation, autrefois si forte, m’a semblé complètement désordonnée. Chacun s’est énervé et aucune discussion ne s’est avérée constructive. Cela me rappelle tristement la relation que nous avions enfants.
Malgré l’attitude de sa mère, le petit semble très curieux de découvrir le monde. Je n’ai jamais vraiment côtoyé d’enfant donc j’ignorais que certains avaient le super pouvoir de fouiller partout et de mettre une pagaille folle dans un temps extrêmement court. Me voir tenter de sauver mes affaires de ses mains peu délicates l’a beaucoup amusé…

Méallan est plutôt maigre, tout comme je l’étais déjà à son âge. Ses cheveux sont mi-longs et châtains, ce qui n’a rien de surprenant pour notre famille; ils deviendront surement plus foncés quand il vieillira. Cependant, il y a aussi quelques mèches bleu clair sur l’avant de sa tête, ce qui me laisse penser que son géniteur est un enfant de la Lune ou que nous avons un ancêtre de cette origine dont je n’ai jamais eu connaissance. En fait, les deux options sont aussi plausibles l’une que l’autre.
Ses yeux de chat ressemblent beaucoup à ceux de ma sœur dans son enfance. Il tire la langue chaque fois qu’il me surprend à le regarder, or, tant qu’il saccage mes modestes possessions, je ne peux que le regarder très régulièrement.

C’est une femme qui ne manque pas de force, même si cela se voit peu sur son corps : autrefois, elle a appris à manier les épées à deux mains et elle maitrise cet art à merveille. Son port de tête est très élégant et elle peut d’ailleurs paraître hautaine quand on ne la connaît pas.
Son visage a une forme carrée, mais pas anguleuse, ses lèvres ont naturellement une teinte rouge, surement dû au contraste avec sa peau blanche. Ses yeux noisette, en amande et son regard félin, s’illuminent habituellement d’une étincelle d‘espièglerie. Sa chevelure brune et ondulée tombe en désordre sur ses épaules.
Ses gestes sont nets et vifs. Elle est de taille moyenne, avec des hanches larges, la taille légèrement marquée et une poitrine généreuse. Ses tenues sont de couleur sombre et issues d’une mode située entre deux époques : elle a toujours apprécié les pantalons d’autrefois en tissu bleu foncé, près du corps. En haut, elle porte généralement des chemisiers avec ou sans manche, aux cols montants qui cachent son cou. Pour finir, habituellement elle se couvre de vestes élégantes et cintrées, agrémentées de plis, mais elle semble avoir évolué vers des gilets plus souples et tombants; peut-être sont-ils plus adaptés pour se mouvoir et donc s’occuper d’un enfant. Comme unique ornement, elle porte un large bracelet qu’elle possède de longue date. Elle aime enfin se parer d’un grand châle à capuche qui lui tombe sous les genoux, lorsqu’elle veut se déplacer plus discrètement.
Depuis toujours, quand elle perd patience, elle passe sa main dans ses cheveux pour les ramener en arrière, même si chaque mèche semble avoir sa vie propre. Ainsi la hauteur de sa détresse ou de sa rage peut se mesurer à la façon dont elle manipule ses cheveux. Aujourd’hui, ses coudes posés sur la table, elle laissait glisser ses doigts, de son front jusqu’au sommet de son crâne, les laissant s’empêtrer dans sa tignasse, avant de maintenir sa crinière en arrière, comme si elle tentait de se l’arracher.

Ma sœur semble avoir besoin de se reposer de son rôle parental, et je suis ravi d’apprendre à connaître mon neveux. Je leur ai laissé la mezzanine pour qu’ils s’installent et ils dorment encore à l’heure où j’écris. Je ne sais pas s’ils sont uniquement de passage ou s’ils resteront un peu à mes côtés.


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