Si Gaïzka semblait si peu m’apprécier au départ, elle a fini par se faire à ma présence, et même à l’apprécier, je crois. Il lui aura fallu presque deux ans avant qu’elle ne passe la porte de chez moi en amie.
Elle s’intéresse beaucoup à l’histoire du Monde d’avant la Chute des hommes, or les miens ont beaucoup œuvré pour transmettre ces histoires : les Aénor sont (ou plutôt étaient) des historiens qui parcourent le monde pour enseigner l’histoire au peuple, mais également la lecture et l’écriture. Ma famille proche s’est un peu éloignée de ce but à cause de mon handicap, mais cela fait quand même partie de mon identité et de ma culture. Cela nous a permis, à Gaïzka et moi, de lier connaissance.
Aujourd’hui, elle est passée pour me demander des herbes pour un soin et m’a fait remarquer avec sa délicatesse légendaire que, même si je prenais grand soin de ma tenue en portant des chemises et des vestons alors que ce n’est pas adapté pour la forêt selon elle, ma coiffure est plutôt négligée. Je lui ai répondu que je peinais un peu à me couper les cheveux moi-même. Ainsi, elle m’a proposé de rafraichir ma tignasse indomptée, afin que je ne finisse pas vieux, moche et par extension seul, selon ses propres mots.
Elle m’a laissé profiter de ce moment pour faire son portrait par écrit, même si elle ne comprend pas vraiment cette lubie d’écrire ma vie dans mon journal. Pour elle, il vaut peut-être mieux oublier.
Gaïzka est une femme au physique peu commun, mais je la trouve très belle. Ses épaules comme ses cuisses laissent apparaître une musculature imposante et un corps athlétique. Elle mesure presque une tête de plus que moi.
Sa peau a une couleur entre le marron et le doré, ses traits sont fins et son visage est plutôt long avec des pommettes saillantes. Elle a des yeux allongés, brillants, et bien que son regard soit réputé pour sa noirceur, on y trouve aussi une touche de vert.
Elle porte ses cheveux longs jusqu’à la taille, en dreadlocks, ornées de quelques perles, ils sont très foncés à la racine, mais les pointes sont blondies par le soleil. La partie supérieure de sa chevelure est retenue par un lien sur le dessus, vers l’arrière de sa tête et selon la circonstance, ils sont noués à deux ou trois reprises sur la longueur afin de ne pas la gêner.
Elle est généralement vêtue d’un corsage sans manche, par presque tous les temps et d’un pantalon près du corps afin de ne pas risquer d’accrocher des branches et de faire du bruit durant ses chasses, mais à l’occasion des fêtes de village, où nous allons manger, boire, danser et rire ensemble, elle aime porter de multiples bijoux en bois, métal et pierre, principalement des bracelets qui recouvrent plus de la moitié de ses avant bras ainsi que des liens avec des grelots dont elle orne ses chevilles.
Et que serait cette dame sans son sourire carnassier et son rire rauque ?
Après avoir terminé sa coupe, elle s’est assise face à moi à cheval sur sa chaise, le dossier contre la poitrine et m’a demandé de noter sous sa dictée les phrases suivantes* :
« Portrait de Louka Aénor par Gaïzka, grande chasseresse du village :
Louka est plutôt grand et tout mince, on le prend parfois pour une fille vu qu’il n’a pas de muscles, surement parce qu’il ne mange pas de viande.
Elle a rit de sa bêtise puis a repris : Il est si pâle qu’il a l’air malade.
Elle m’a attrapé par le menton, a levé légèrement mon visage. À cette occasion, j’ai pu sentir de l’affection à mon égard et de la curiosité, mais il reste une pointe de méfiance qui perdure encore.
« Il a une petite frimousse, ses yeux sont ronds et marron, ses cheveux sont marron et quand il a quelqu’un pour l’aider à les couper, il a les cheveux presque courts. Sa petite bouche est rosée et porte bien son petit sourire candide. »
Elle a relâché mon menton pour analyser ce qu’il y avait de plus à dire et a pris l’un de mes poignets, paume tournée vers le ciel; très commode, pour écrire.
« Ses poignets sont fins, ses longs doigts sont très minutieux et quand il remonte ses manches, on voit ses écritures runiques sur ses avant-bras.
Il s’habille avec des chemises blanches presque tout le temps et porte par dessus un vêtement de couleur sombre, comme un veston ou un pull selon la saison, avec un pantalon droit.
Il est élégant, voire un peu pincé.
Pour finir, le gamin est plutôt chou quand il danse, surtout s’il a un peu bu !»
*J’ai réécris le portrait qu’elle a fait de moi après après son départ, pour y ajouter son attitude. Je me permets de préciser que ce portrait avait pour but de me taquiner et non d’être blessant. Cela nous a bien fait rire.

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