Nous avons passé trois journées merveilleuses ensemble. Ox semble peu à peu oublier tous ses problèmes et partager plus de choses avec Méallan. Elle parle peu, alors je lui ai raconté ma vie au cours des dernières années, mes petits boulots, les fêtes qui rythment nos vies au village, mes déboires avec mes pouvoirs, mes rencontres, ma nouvelle activité, mes élèves, et ainsi de suite. Elle m’a montré comment améliorer mes travaux d’imprimerie et moi, je lui ai montré mes trouvailles en cuisine ainsi que les plantes que je récolte ici pour mes remèdes. 

Le petit et moi nous entendons bien, nous jouons et rions ensemble. Méallan semble très satisfait d’avoir quelqu’un qui se passionne pour ses histoires qui n’ont aucun sens, quelqu’un qui est enchanté de lui lire des contes et de répondre à ses questions intéressantes. Il me rappelle beaucoup notre petit frère au même âge, ce qui me serre parfois le cœur et me dessine un sourire mélancolique sur le visage. Mais cela ne dure jamais longtemps : dès qu’il le remarque, il se met à rire à tout rompre, ce qui me ramène instantanément à lui.

Avec le petit sur les épaules et Ox, nous allons nous amuser aux fêtes du village : en ce moment, nous célébrons le solstice d’été.
Ox et Méallan vivent tellement isolés, dans leur cité pratiquement déserte, que le petit est enchanté de voir des gens s’amuser autour de lui. Il rencontre d’autres enfants, mais quand cela s’éternise, il a un peu de mal à gérer toute cette agitation inhabituelle. Il finit par en avoir marre et il court les bras tendus vers moi pour que je le porte avant de se cacher sous ma veste en me disant « tu dis pas j’suis là »; après quelques minutes de calme, il retourne à la charge.
Les fêtes se terminent souvent au matin, donc après plusieurs aller-retours dans mes bras, il s’est endormi contre moi et comme je ne pouvais plus participer, je me suis assis pour regarder les autres s’amuser. Il n’a pas fallu longtemps pour que je le rejoigne au pays des rêves.

Je ne comprends pas bien la venue de ma sœur, mais leur présence me ravit. Elle reste très évasive au sujet de ce qui l’amène, cependant son sourire et sa tendresse semblent revenir un peu, tout comme ma mémoire est plus claire quand elle est là pour la raviver.

Durant les semaines de fêtes, le rythme de vie est modifié, on se couche tard, on se lève tôt et on se recouche dans l’après midi quand il fait trop chaud. Pour mes invités, c’est un peu différent puisqu’ils ne travaillent pas. Il est bientôt midi et je suis le seul à être éveillé dans la maisonnette, Ox et Méallan dorment encore.
À cette heure-ci, je sais que c’est une question de minutes avant qu’ils ne fuient l’étage qui devient trop chaud pour dormir.
Le petit déjeuner les attend, et moi aussi.

Aujourd’hui, j’aimerais les emmener découvrir les halles de commerce : c’est un lieu dont le sol est recouvert de pavés, et où les gens du village et de passage se retrouvent pour faire du troc.
En période de fêtes, beaucoup de gens affluent des villes alentour, car le village est bien situé pour les affaires. Je me souviens avoir vu de beaux jouets en bois l’année dernière, mais j’avais estimé que je n’en avais pas l’utilité; malgré cela, ils m’avaient fait envie tellement ces pièces étaient joliment ouvragées.

* * *

Cela fait quelques minutes que Méallan me regarde furtivement depuis les escaliers en pensant que je ne l’ai pas vu, mais il ne sait pas que je connais assez bien ma maison pour l’avoir entendu.
L’heure de notre petit déjeuner est arrivée.

Et ce soir, nous retournerons aux regroupements du solstice tous les trois. Je suis impatient.

Notes de M.A. : 
C’est amusant de voir la première fois où j’ai fait le guet depuis l’escalier. Avec les années, j’en ai pris l’habitude, quand j’avais quelque chose à lui demander ou juste envie d’observer Louka dans son habitat naturel.


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