16 – Nouvelle installation

Les semaines ont passé, Mel et moi devons nous rendre à l’évidence, nous allons désormais avancer ensemble pour un moment. Ainsi il a commencé à fréquenter les enfants qu’il avait rencontrés lors du solstice, mais cela m’oblige à me sociabiliser, et souvent à rester discuter avec des personnes dont je me passerais bien. Les parents des autres enfants me proposent souvent de garder Mel mais j’ai l’impression de l’abandonner encore plus si je ne reste pas proche de lui tout le temps.
Petit à petit, je vais peut-être me faire une place dans le village grâce à lui, qui sait.
Quand il est à la maison, souvent il s’assoit sur l’une des premières marches de l’escalier et il attend en regardant la porte, parfois il s’endort sur place, il ne perd pas espoir, il reste là sagement.
D’un autre côté, il sait qu’il est avec moi pour un certain temps.

Durant notre repas du matin, je lui ai demandé s’il se plaisait avec moi afin d’améliorer notre vie commune. Je vais essayer de rester le plus fidèle possible à notre échange, voici ce qu’il m’a répondu :
Bof !
Bof ? C’est-à-dire ? Tu n’aimes pas la maison ? Ou ma cuisine peut être ? Je ne te traite pas bien ?
Si, ça, ça va, mais c’est bizarre de dormir par terre, c’est pas ma chambre en plus, et je m’ennuie dans ta maison pour les grands, on voit que tu as toujours été un grand, t’as pas de jouet et tout, et puis tu restes toujours tout seul chez toi, mais je t’aime bien quand même.
Après avoir remis toutes ces informations dans l’ordre, et mis de côté mon orgueil un peu ébranlé, je dus admettre que le lit placé à l’étage n’était pas censé rester là, et que nous n’étions pas censés le partager une fois qu’il aurait accepté le départ de Oxanne. Sauf que cela n’arrivera probablement pas. De plus, je n’avais pas vraiment réfléchi à l’idée de nous créer un espace pour chacun, ni au fait que ses jouets sont des vieilleries semblant dater du siècle dernier. En tentant de cacher que j’étais vexé d’avoir été traité d’adulte, je lui ai répondu :
C’est vrai que nous pourrions te libérer de l’espace en haut pour te faire une chambre à toi.
Et toi tu iras où ? C’est ta chambre non ? Dit-il sur un ton empressé.
En effet, mais j’y suis assez peu, si je libère de la place en bas, je pourrai mettre un lit. Quant à mon bureau, il ne m’est plus utile que pour entasser des affaires, ce que j’utilise pour l’impression et la reliure se trouve principalement dans la dépendance qui me sert d’atelier. Ensuite si la maison ne te plaît pas on peut la redécorer ensemble, ça ne lui fera pas de mal…
Je sais pas décorer une maison moi ! Me coupa t’il, presque affolé.
Un sourire tendre sur les lèvres, je repris.
Moi non plus, mais avec de la peinture on doit pouvoir faire quelque chose de joli. Et que dis-tu que nous profitions de notre visite des halles aux marchands pour regarder s’il y a un jouet qui te plaît ?

Ainsi nous avons passé la matinée à déblayer l’étage, ce qui nous a permis au passage de récupérer quelques objets que nous pourrons troquer avec les marchands, puis nous avons déplacé les meubles selon les souhaits de Mel pour qu’il s’approprie le lieu. Après un bref repos, nous sommes partis en direction des halles, la brouette chargée de nos trouvailles ainsi que de mon neveu lui-même. Nous avons obtenu de la peinture de couleur rose, orange, verte et bleue pour le rez-de-chaussée de la maison en échange de quelques figurines de bois que l’on m’avait offertes contre je ne sais quel service et qui prenaient la poussière. Ensuite nous avons chiné des tissus pour fermer la chambre de Mel contre des vieux carnets de ma fabrication.
Pour finir, ma seule dépense aura été pour « Coline », la poupée de chiffon que le petit garçon a choisie parmi les nombreux jouets que nous avons vus.
La malheureuse a été tachée par une boisson brune sur l’épaule et au niveau de l’œil; en conséquence, elle n’est pas terminée, son visage reste à dessiner, et ses cheveux ne sont pas cousus.
Le vendeur l’a abandonnée alors qu’il rangeait sa marchandise puisqu’elle ne pouvait être vendue, alors mon petit s’est empressé de la sauver. Nous avons acheté un peu de fil pour lui faire ses cheveux et je devrais pouvoir lui dessiner un visage avec mes encres.

Pour cette fois, j’ai pu minimiser les dépenses, cependant, il va falloir très vite faire attention à nos finances : mes rentrées d’argent n’ont pas augmenté contrairement à mes dépenses, il va bientôt falloir que je trouve d’autres ressources, mais j’ai peut être une idée.

Nous avons passé le début de la soirée à étendre les tissus le long de branches qui tiennent le plafond de la chambre pour que Mel puisse avoir son espace, ensuite nous avons peint de grandes bandes couleur pastel sur les murs, ce qui illumine la pièce. Pour finir, après avoir couché Méallan, j’ai enlevé l’étagère sous l’escalier ainsi que les livres qui y étaient rangés pour y installer ma couchette, demain j’ajouterai un rideau pour fermer ma nouvelle « chambre ».
C’est d’ici que j’écris mon journal ce soir.
J’entends Mel qui raconte des histoires à sa poupée, je n’y avais pas pensé, mais c’est vrai que c’est quelque chose que j’aimais beaucoup faire à son âge, il doit bien me rester des livres de contes que je pourrais leur lire avant de dormir. Bonne nuit petit Méallan, rêve bien aux côtés de ta nouvelle amie.


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