La première fois où Gaïzka m’a proposé d’aller voir la clairière à la bordure du village, je l’avais pris comme une lubie, une blague peut-être. C’était il y a environ trois ans, et je n’ai jamais eu le fin mot de cette histoire. Mais hier, elle est venue me voir alors que je préparais du papier pour mon prochain journal.
Installé à côté de la maison pour profiter du beau temps qui allait me permettre de sécher mon papier, je travaillais pendant que Méallan jouait dans l’herbe à essayer d’attraper les insectes pour les observer. Je m’affairais à tamiser ma tambouille, les manches retroussées au-dessus du coude pour manipuler la pâte à papier sans me salir.
Il n’était même pas midi, quand Méallan courut vers moi pour m’annoncer que nous avions de la visite. D’un pas pressant, Gaïzka se dirigeait vers nous avec un sac sur le dos. Et tout comme la première fois, je n’eu droit à aucune explication.
Sauf que je ne pouvais pas tout laisser en plan comme ça, mais je sentais qu’elle avait besoin, qu’il était temps de partir. Elle me surprend toujours, je sens bien qu’elle arrive à retenir ses émotions pour que je n’en sache pas trop, pour autant des fois je perçois des brides, peut être parce qu’elle le veut, ou peut être parce qu’elle souhaite que je comprenne sans le dire.
Je n’opposais donc que peu de résistance, le temps de ranger mes affaires et mettre à sécher les tamis, puis j’allais préparer nos affaires pour ce petit voyage.
— Mel, on va accompagner Gaïzka dans la forêt et on dormira sous les étoiles. Dis-je en m’accroupissant à sa hauteur. Tu veux m’aider à préparer tes affaires ?
Gaïzka qui avait commencé à regrouper de la nourriture, se retourna d’un coup vers moi :
— Comment ça “on” ? Il reste ici lui ?!
L’instant maternel débordant de mon amie semblait complètement contre cette idée.
— Gaï, il a 4 ans : bien sûr que si je pars, il viendra avec moi.
— Il‘peut pas se débrouiller ?
Sa connaissance des enfants était donc si limitée qu’elle ne voyait pas pourquoi on ne pouvait pas le laisser seul.
— Ne t’inquiètes pas, ça va bien se passer, en plus il veut tout le temps aller dans la forêt.
Nous avons pris la route quelques minutes plus tard. Gaïzka gardait toujours un œil sur Mel mais cela ressemblait bien plus à de la méfiance qu’à de la surveillance, et elle n’interagissait jamais avec lui.
Bien entendu, lui ne voulait jouer qu’avec elle et petit à petit, elle s’est prise au jeu : Quand elle percevait un animal à proximité, elle laissait Mel l’accompagner pour l’approcher, il m’a même dit avoir caresser un lapereau. Jamais elle n’admettrait qu’elle l’a fait pour lui, mais je pense qu’elle l’apprécie à sa manière.
Elle n’est pas pédagogue et n’essaie pas particulièrement de lui enseigner ce qu’elle connaît de la forêt, cependant elle répond à ses questions.
Nous avons fait un arrêt rapide pour déjeuner, puis une fois arrivé à notre campement, en fin d’après-midi, ils sont allés tous les deux continuer leurs explorations alors que je cuisinais.
Tout comme la première fois, nous sommes rentrés quand elle l’eut décidé. Mel a finit son voyage sur les épaules de Gaïzka et tous les deux riaient de bon cœur.
— Vous étiez parti en escapade ?
Ce fut la voix enjouée de Zeck qui nous accueillait, ce à quoi Mel répondit :
— Oui ! J’ai caressé un lapin !
— Oh, c’est génial ça, et vous n’étiez que tous les trois ? Vous n’avez croisé personne ?
— Juste nous et cette bonne vieille nature. Répliqua Gaïzka.
Je n’ai pas eu plus d’explications que la fois précédente, mais si ce type d’envie lui prend tous les deux ans, je peux m’adapter à cette sortie impromptue sans plus de difficulté.

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