24 – Anniversaire de Mel

Mes repères temporels sont parfois mauvais et ces temps-ci il m’arrive de perdre le compte des jours.

Aujourd’hui Méallan a eu treize ans, il atteint un âge auquel il n’est plus un enfant et pas encore un adulte, je le vois évoluer chaque jour, devenir plus indépendant, faire ses propres choix, me tenir tête.
Pourtant, j’ai oublié que c’était son anniversaire, je ne me suis pas rendu compte du jour que nous étions, il s’est levé d’humeur égale et semblait enclin à prendre le petit déjeuner avec moi, ce qui est plutôt rare ces derniers temps, et m’a fait très plaisir. Mais petit à petit je me suis bien aperçu qu’il attendait quelque chose de moi, or je ne voyais pas quoi, j’ai supposé qu’il avait quelque chose à me demander, il est parti agacé après quelques longues minutes d’attente et de silence gêné, c’est bien plus tard que j’ai compris…
Je peux ajouter cela à l’interminable liste des choses qu’il me reproche, et celle-là est plutôt justifiée. 

Depuis qu’il est entré à l’école, nos relations sont plus complexes, je ne sais pas exactement ce qui se dit de moi ou de nous au village, mais de toute évidence cela touche Mel. Quand il rentre, il m’évite, il semble ne pas trop savoir s’il doit m’aimer ou non, alors il s’énerve tout seul et devient agressif. Je ne vois pas bien ce que je peux faire, mais les évènements de ce matin le poussent encore à s’éloigner de moi.
Pour l’équilibre du foyer Aénor d’Eléor, il va falloir que je trouve un moyen de me faire pardonner ! Je ne suis pas très doué pour les cadeaux et il n’y a pas de vendeurs ambulants ou de marché aujourd’hui, mais cela ne peut pas attendre. Je vais voir ce que je peux faire de mes mains.
On dirait bien que ça sent la catastrophe… Je vais y réfléchir depuis mon jardin, car mes plantes ne peuvent pas attendre non plus.

* * *

Il s’est passé quelque chose de surprenant : Peut être ma santé mentale me joue t-elle des tours, mais dans l’après midi, quand je suis rentré du jardin, j’ai trouvé un petit paquet très joliment emballé d’un tissu légèrement brillant, bleu clair et d’un ruban d’une teinte plus foncée posé sur la table où nous déjeunons, avec un petit mot qui disait :
“Mon petit garçon, excuse-moi pour toutes les fois où je ne serai pas le père que tu cherches, mais je t’aime tout autant.
“Il” a appartenu à ta maman quand elle avait ton âge, elle me l’a donné alors que nous prenions des routes différentes, le fermoir a été cassé il y a quelques années alors je l’ai fait réparer à ton attention et je t’y ai fait ajouter. ”
Le plus étonnant est que l’écriture semble être la mienne… Je ne comprends pas, je ne vois pas qui aurait pu faire ça pour moi… À part moi.

* * *

Je me suis absenté quelques minutes pour demander à ma voisine si elle avait vu quelqu’un approcher de la maison, je crois qu’elle m’a pris pour un fou ou un illuminé, mais surtout quand je suis rentré, Mel rayonnait de joie en regardant le petit paquet que j’avais laissé sur une des marches le temps d’éclaircir cette histoire.
Il était tellement heureux d’ouvrir ce fameux cadeau qui aurait appartenu à sa mère.
Il s’agissait d’un large bracelet de métal précieux, sur lequel était marqué dans notre langue les noms de mes grand parents, de mes parents, mon frère, ma sœur, moi. Et désormais Méallan II y est inscrit.
Je l’avais en effet perdu depuis si longtemps que je ne pensais pas le revoir un jour. 
Peu importe d’où il revenait, c’était un très beau cadeau qui tombait à point nommé.


Commentaires

Laisser un commentaire