27 – La clairière de Gaïzka 6

Je me demande si un jour j’aurais le fin mot de cette histoire, une fois tous les deux ans environs, à des périodes de l’année qui varient d’une fois sur l’autre, Gaïzka me propose un séjour à la clairière aux frontières du village.
C’est ainsi qu’une nouvelle fois, Gaïzka est venue me rendre visite pour me dire que nous allions faire une balade à la clairière. Habituellement, je n’oppose aucune résistance, mais aujourd’hui je n’étais pas du tout d’humeur à mettre le nez dehors. Accoudé à la table du salon, entouré de feuilles et de fils, je tentais de me concentrer pour avancer dans la réalisation de ma commande.
Mais Gaïzka ne l’entendait pas de cette oreille : 
Aller, insista-t-elle, viens avec moi, ça va te faire du bien de sortir le nez de tes bouquins.
C’est un non ferme et définitif Gaï, je suis particulièrement sensible ces jours-ci, je ne me sens ni l’humeur, ni la santé pour ça. Rétorquais-je sèchement, toujours vissé sur ma chaise.
Tu ne te sens pas bien ?
Je soupirais avant de lui lâcher entre mes dents : 
Mauvaise période du mois…
Mauvaise période ..? Je croyais que tu avais un truc pour éviter ça, ou que ça n’avait presque aucun effet sur toi.
Et bien si, j’y suis même d’autant plus sensible parce que ça m’arrive extrêmement rarement, donc je ne sais pas gérer. Mais avec toute cette pluie, la plante que j’utilise habituellement n’a pas poussé en quantité suffisante pour me permettre de tenir toute l’année.  Et je ne te parle pas de l’impact catastrophique sur ma gestion des émotions, que ce soit les miennes ou celle des autres.
Les minutes passant, je me laissais petit à petit choir sur la table.
Je pensais tout connaître de toi, mais il m’aura fallu seize années pour savoir ça. Bon, il faudra quelques petites choses en plus, mais on va pouvoir la faire, cette balade. 
Médusé, je la regardais préparer nos affaires sans tenir compte de mon refus. Puis à ma grande surprise, Méallan pointa le bout de son nez. 
Il entre brusquement dans la pièce près à dire quelque chose et se ravisa en remarquant la présence de Gaïzka, et ce fut elle qui prit la parole :
Tu veux venir avec nous ? Louka et moi on va faire une balade dans les bois, et dormir là-bas.
Sympa’, mais j’ai d’autres projets, je m’assurais juste qu’il n’était pas seul.
Tu veux bien me filer un coup de main pour préparer notre paquetage ? Loulou n’est pas dans de bonnes dispositions pour ça. 
D’acc’, je m’occupe du repas si ça te va. Lui proposa-t’il aimablement.
Cela fait des semaines que Mel me parle à peine, mais quand il s’agit de Gaïzka, il s’exécute sagement… Ils continuèrent leurs conversations en parlant de moi à la troisième personne ce qui eux pour effet de me désabuser encore davantage, aussi j’entreprends une fuite jusqu’à ma couchette. 
Qu’est ce que tu fous ?! Me grogna mon neveux.
Ça ne se voit pas ? je vais me coucher, visiblement vous n’avez pas besoin de moi et cela me convient très bien. Bonne nuit ! Répondit-je avec agacement tout en m’enroulant dans les couvertures.
Sans surprise, mon amie, elle, ne l’entendait pas de cette oreille.
On met les voiles dans cinq minutes Louka.
Et je me contentais de répondre d’un vague geste de la main pour signifier que j’avais reçu le message.
Mel quitta la cuisine pour monter quatre à quatre les escaliers, et s’adressa à Gaï :
Tout est près, je te laisse finir, je dois préparer mes propres affaires. 
Je sais qu’il est capable de monter à pas feutrés quand il le veut, mais ce ne fut pas le cas cette fois ci, ce qui fit vibrer toute ma couchette d’où je laissais échapper un grognement. Il n’y prêta pas attention.
Tu sais où aller ? s’enquit Gaï.
Oui, je connais assez bien la forêt maintenant pour m’en sortir de mon côté.
Mon amie déposa mes chaussures devant mon lit et me bouscula délicatement pour me signifier qu’il était temps de partir.
Mel se sauva avant que j’ai eu le temps de comprendre.

— Il’faut pas traîner, on doit vite rejoindre la forêt.
Elle pouvait bien dire ce qu’elle voulait, c’est d’un pas traînant que je tentais de la suivre. La chasseresse ne semblait pas plus patiente que d’habitude. Tranquillement, nous rentrâmes dans la forêt, je tentais vaguement de demander pourquoi tant d’empressement, mais comme à son habitude, elle faisait comme si cette sortie était juste une envie de sa part.
Voyant que je n’étais pas efficace, elle me proposa de porter mes affaires : un panier, puis un sac, puis un autre. Elle me demandait régulièrement comment ça allait, si elle pouvait faire quelque chose pour moi. Tant et si bien que je fini par m’agacer :
Gaï, j’ai mes règles… juste mes règles, je ne suis pas incapable, je me sens poisseux et le seul endroit où je veux être, c’est chez moi avec du thé et un coin douillet où attendre que ça passe. Donc maintenant qu’on est là, est-ce que tu peux arrêter de me traiter comme si j’étais en sucre ?
Ce n’était pas le but, c’est moi qui t’es trainer ici, et je ne sais pas comment faire pour te soulager.
Tu ne peux pas, alors traite moi comme d’habitude. On va essayer de passer un moment sympa malgré ça. Au moins ici je ne risque pas d’être écrasé par les émotions de n’importe qui, ce qui est une bonne chose vu la sensibilité de mon pouvoir dans ces moments la.
C’est étrange comme mon empathie fonctionne toujours de façon particulière avec elle : elle semble pouvoir se fermer à moi, c’est souvent brut et décousu.
Si en faite, il y une chose où nous pouvons nous arranger. 
Je t’écoute ? 
Quand on s’installera, je préférerais m’asseoir dans un coin et faire ce qui ne demande pas de bouger, éplucher des légumes, faire cuire le repas, ce genre de chose, pendant que tu t’occupes du campement.
C’est entendu.

La suite du trajet fut sans encombre, et la soirée bien que longue pour moi fut agréable, elle me fit rire beaucoup trop, et je me couchais complètement épuisé.

Le lendemain matin, elle s’occupa du petit déjeuner avant que je n’ai fini ma nuit et nous repartîmes à mon rythme vers le village. 
Cette fois, ce fut Mel qui nous accueillit, mais sans un mot, comme si Gaï et lui m’autorisaient à rentrer.

Avant que mon amie ne parte, je lui demandais malgré tout : 
Tu ne me diras pas le pourquoi cette petite balade improvisée n’est ce pas ?
Un sourire en coin, elle me tourna le dos et me fit au revoir de la main.
Repose toi bien mon p’tit Lou, repose toi bien.


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