Le soleil est à peine levé, et je me mets laborieusement à mon écriture matinale.
Les journées sont si mornes que je n’ai aucun plaisir à les raconter, d’ailleurs je me demande si cela a de l’intérêt de raconter un quotidien identique et réglé comme une horloge : Mel rentre avec les premiers rayons de soleil du matin, il passe presque toutes ses nuits dehors, il monte se coucher et je me lève.
Je cuisine, range et nettoie mes petites affaires, Mel passe trop peu de temps à la maison pour laisser traîner les siennes, malgré cela il semble aimer me contrarier donc il dépose ses vêtements sales, tout crottés de boue partout dans la salle de bain et le salon quand il rentre.
En début de matinée, je sors m’occuper du jardin et généralement quand je rentre, il est parti.
Les rares fois où nous nous croisons, il ne me parle pas, ne m’adresse pas même un regard. Nos échanges finissent toujours en disputes alors on n’échange plus.
C’est un beau jeune homme aujourd’hui, il a eu seize ans, il est un peu plus petit que moi, mais je doute que ce soit encore le cas longtemps.
Il essaye de se donner une attitude nonchalante en portant des tuniques trop grandes, à l’encolure déformée qui laisse apparaître une de ses épaules et aux manches trop longues qu’il peine à remonter quand il a besoin de ses mains; avec ça, il porte d’énormes bottes à lanières qui montent jusqu’au-dessus des genoux, il ne manque pas beaucoup pour que l’on ne voit plus le pantalon légèrement cintré qu’il porte : entre la tunique trop longue et les bottes trop montantes.
Il n’est pas très épais, il a le côté “brindille” de la famille, mais la chasse et les travaux physiques lui ont donné des épaules un peu plus larges que les miennes.
Dernièrement, il a rasé ses cheveux, sur un côté, moins de cheveux bruns font ressortir ses mèches bleues qui ne font que s’intensifier. Il a les traits fins, bien que sa mâchoire soit plus saillante que lorsqu’il était enfant, et ses yeux sont assez allongés, il accentue son regard quelquefois par un trait noir au coin de la paupière. Il doit passer du temps à la lumière des étoiles, car ses tâches astrales sont présentes presque toute l’année. J’ai toujours trouvé les tâches de rousseurs très jolies, mais ça l’est encore plus quand elles sont bleutées et légèrement brillantes dans la pénombre.
Il est charmant à ce qu’on m’en dit, je l’ai bien élevé.
Je ris tristement quand j’entend ça, il est prévenant, gentil et joyeux avec tout le monde, mais dès qu’il arrive à la maison c’est tout le contraire. Je comprends ses raisons, mais je ne sais plus comment faire.
Quant à moi, je ne me suis pas décrit depuis mon arrivée au village, il y a… une dizaine d’années, mais le temps ne semble pas avoir de prise sur moi. Je suis toujours le même, je n’ai pas changé, ma vie n’a pas changé, rien n’a changé.
Rien ne change jamais.
* * *
Nous n’avons jamais reparlé de l’incident où Mel m’a attaqué avec son pouvoir, mais il a aujourd’hui beaucoup plus de mal à communiquer et refuse d’entendre parler de sa magie.
Notes de M.A. : Bien sûr que non, nous n’en avons jamais reparlé, j’avais bien trop honte de ce que j’avais fait, et j’étais horrifié à l’époque de voir que tout ce que je tenais de ma mère s’en était pris à celui qui m’avait élevé.

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