Notre maison étant déjà bien remplie, Gaï rentra chez elle pour dormir, mais lorsqu’elle partit, la surveillance de Nacht ne semblait plus être sa priorité. Il lui faut beaucoup de temps pour accorder sa confiance, mais elle tolère déjà sa présence.
Quant à Mel, il revint à la maison au petit matin et je supposai qu’il avait croisé Gaï pour savoir comment la soirée s’était passée ; cette dernière n’avait pas dû lui dire ce qu’il voulait entendre, car il semblait prêt à bondir.
Il entra dans la maison alors que nous prenions le petit déjeuner tous les trois dans la tente improvisée. Nacht trouvait amusant de m’inviter à son tour dans sa maison, même si celle-ci était dans mon propre salon. Je n’étais pas très à l’aise, assis à genoux, à manger sans table alors que mon hôte, allongé de tout son long, laissait voir qu’il y était habitué.
Mel ne savait pas trop comment réagir mais Nacht n’hésita pas un instant à l’inviter :
— Bonjour jeune homme, tu souhaites te joindre à nous ?
Son ton enjôleur ne semblait pas moqueur. Il était très calme, peut-être trop pour Mel qui trouvait cet homme, quasiment inconnu, installé comme si ce dernier était en terrain conquis. Il grogna un mot voulant peut-être dire bonjour, peut-être oui, puis vint s’asseoir avec nous avant de se servir à manger. Nacht reprit notre discussion qui avait été interrompue :
— Donc reprenons où nous en étions, Il y a 11 congrégations, La majorité sont centrales dans le fonctionnement de la ville où elle se trouve, parfois ce sont même des villes exclusivement d’enfants de la Lune. Et dans chacune d’elles il y a l’élite magique, ceux qui ont les pouvoirs les plus puissants ou ceux qui viennent des grandes lignées d’enfant de la Lune…
— Dont tu fais partie ? Tu es d’une lignée importante ? Tes traits physiques comme ceux de Tsuki semblent typiques de votre peuple.
— C’est une question à laquelle on ne peut pas répondre normalement…
— Et puis franchement, qu’est ce qu’on en a à foutre ?
Mon adorable garçon avait coupé la parole à Nacht, et celui-ci eut à peine un soupir pour lui. Il inspira calmement et demanda avec un voix complètement détachée :
— C’est parce que tu es un bâtard de la Lune que tu nous détestes autant ?
Mel ne sembla pas outré ou choqué par sa réflexion mais plutôt surpris ; il pensait déclencher une esclandre. Cependant Nacht soulevait un point qu’il n’avait même pas imaginé.
— Pourquoi je s’rais un bâtard de chez vous ?
— Tes cheveux. Visiblement tu ne les tiens pas de ta mère. Du peu que Louka m’en a dit, dans sa famille tout le monde a les cheveux bruns. Donc tu les as hérités de ton père.
Ils se tournèrent tout net vers moi, puis celui-ci me demanda :
— Ce n’est pas le cas ?
— Qu’est ce qu’il raconte Lou ? Mon père est de chez eux ?
Je balbutiai, pris de court.
— Pour être honnête je n’en sais rien. je n’ai pas connu ton père et Oxanne ne voulait pas m’en parler…
Nacht reporta tout son attention sur Mel :
— Et tu n’as pas cherché à savoir qui était ton père ?
— Je connais déjà pas grand chose sur ma mère…
— Et tu n’as pas cherché à la revoir ?
— Si, mais… Mel se tût, me regarda brièvement. Elle m’a abandonné, et lui aussi.
— Dans mon peuple, la parentalité n’existe pas, tu sais. Je ne peux pas te dire pour ta mère, mais si ton père est des miens, il ne t’a pas abandonné au sens auquel tu peux l’entendre. Un enfant appartient à la paroisse où il naît. Nous pouvons engendrer des enfants sans jamais les connaître, sans même savoir que nous en avons. Ils sont élevés par des gens qui ont choisi comme métier d’élever les enfants de tous.
Pour Mel et moi, c’était tout un monde inconnu qui s’ouvrait à nous.
Nacht tenait sa petite Tsuki serrée au creux de ses bras, bien contre lui. Il ne la lâchait plus des yeux et caressait son dos frêle du bout des doigts sans même s’en rendre compte.
— Mais pourquoi vous êtes ensemble, alors ? T’as pas l’air très doué pour quelqu’un dont le métier c’est de s’occuper des enfants.
Comme souvent, les propos de Méallan étaient maladroits mais il semblait s’être adouci vis-à -vis de Nacht.
Celui-ci se mordit les lèvres, puis surjoua un certain dédain.
— Nous… on a pris un autre chemin. Je n’ai pas pu la laisser, l’abandonner comme vous dîtes. Je l’ai prise aux miens, disant adieu à tout ce que je connaissais, à mes amis, ma maison, tout.
Il leva les yeux pour regarder mon garçon bien en face.
— Tu vois, tu as décidé dès que tu m’as vu que j’étais un connard parce que je viens d’un peuple que tu ne connais même pas. Mais tu peux me croire quand je te dis que je ferais n’importe quoi pour ma fille.
Mel garda le silence un instant, et dit d’une voix penaude :
— J’pensais pas… J’avais surtout peur que tu nous apportes des ennuis, mais tu as raison, je t’ai fait payer sans te connaître et au final, tu m’en apprends plus sur mon père que tous les gens que j’ai rencontrés dans ma vie.
— Sans rancune, jeune homme, on peut reprendre du début alors. Il libéra l’un de ses bras qui tenait la petite, et tendit la main à Mel. Enchanté de te rencontrer, je m’appelle Nacht Xélina, je ne suis le fils de personne en particulier, mais fils de la lune de la congrégation de la Dualité et aujourd’hui je ne peux pas te dire ce que je suis.
Mel sembla touché par son geste, aussi il accepta bien volontiers cette deuxième chance.
— Enchanté également, moi c’est Méallan Aénor, fils de personne mais neveu de Louka. Je sais pas qui je suis non plus.
Il lui sourit largement.
* * *
Malgré leurs débuts tumultueux, Nacht semble avoir réellement décidé de repartir à zéro avec Mel. Pour lui, en revanche, ce fut un peu plus compliqué, même s’il semblait finalement intéressé par l’idée d’en apprendre plus sur ses potentielles origines. Il ne m’était jamais venu à l’esprit d’en apprendre davantage sur son père, mais je me rends compte que ça l’intrigue plus qu’il ne me l’avait montré.
Après le repas, je proposai une décoction et Mel vint spontanément s’occuper de sa préparation Il était inarrêtable : il choisissait soigneusement chaque plante qu’il mettait en expliquant à Nacht l’importance de la synergie des ingrédients, leurs bienfaits mais également comment ils fonctionnaient. Je me rendis compte que même s’il était un peu bourru, mais tellement vif et éloquent, il avait écouté attentivement ce que je lui disais et qu’il le retranscrivait à merveille.
Je me mis à nettoyer la vaisselle en laissant notre invité entre les mains d’un Méallan jovial que je ne connaissais même pas ; cependant je connaissais assez ce chenapan pour comprendre que ce n’était pas complètement désintéressé de sa part.
Lentement, son stress devenait palpable. Comme il ne tenait pas en place, notre nouvel ami lui proposa de s’asseoir pour poursuivre ses explications sur les plantes ; sitôt assis, il se mit à se tordre les mains pour se canaliser.
Sentant que le jeune homme montait en pression, Nacht posa brusquement ses mains sur les siennes, entremêlées et se tordant dans tous les sens, les plaquant ainsi sur la table, entre eux deux. Mel ne décollait pas ses yeux de ses mains alors que l’homme le fixait d’un air à la fois rassurant et ferme.
— Jeune homme, ce n’est pas que tes histoires de plantes m’ennuient mais si tu me posais plutôt ta question ?
Incrédule comme peut l’être un adolescent alors que l’on voit clair dans son jeu, il rougit en levant les yeux vers Nacht.
— Ma question ?
— Ne me prends pas pour un enfant, je vois bien que tu as quelque chose à me demander et que tu cherches encore un moyen de le faire, aussi je te fais gagner du temps en t’autorisant dès maintenant à me poser ta question.
— En fait, c’est pas vraiment une question…
— Paaaarle ! Annonça-t-il avec un sourire taquin.
— J’voudrais que tu me racontes, comment c’est chez vous ?
— Qu’est-ce que tu veux savoir, exactement ? Quelle était ma vie là-bas ? Ou uniquement comment tu peux retrouver ton géniteur ?
— Tout ça, ouais. J’ai jamais quitté ce village et encore moins approché des gens de chez toi, et j’adorerais découvrir le monde comme tu le fais, voyager.
Il eut un rire amer.
— Je ne découvre pas le monde Méallan, je l’ai fait autrefois quand j’étais plus jeune que toi. Mais aujourd’hui, je veux juste partir le plus loin possible de chez moi.
— On est pareils alors !
Mon cœur manqua un battement.
— Non, petit, tu ne m’as pas bien compris. Tu veux partir découvrir d’autres choses et tu es lassé de ce village ? Ça, je le conçois, mais tu partiras sans regarder derrière toi, sans avoir peur, parce que quand tu voudras revenir, il y aura toujours cette maison pour t’accueillir, avec ton oncle qui te proposera un lit pour dormir et une bonne tasse de ses meilleures plantes pour te réchauffer. Tu retrouveras tes amis et tu pourras décider de repartir à ta guise ou t’installer ici.
Le blondinet si loquace eut un moment d’hésitation, puis un soupir d’aise, en se laissant retomber doucement contre le dossier de sa chaise. Il regarda sa tasse dans un silence de réflexion. Dos à eux, je ralentissais de plus en plus le nettoyage de la vaisselle pour ne pas m’immiscer dans cette conversation dont je ne loupais, par ailleurs, pas une miette.
— Lui et moi, dit-il en semblant me désigner, c’est une autre histoire. Jamais on ne pourra retourner d’où l’on vient. J’ai sacrifié tout ce que j’avais pour protéger mon enfant. Jamais je ne pourrai retrouver mes amis et reprendre ma vie là où je l’ai laissé. Même vous, le jour où je partirai, je ne vous reverrai surement jamais. Je dois m’en aller, et mettre le plus de distance possible entre ces gens et ma fille.
J’étais pétrifié. Il semblait voir en moi des choses que j’avais oubliées. Ses mots résonnaient en moi, mais de très loin, comme quand on se réveille d’un rêve et que certains éléments vous reviennent selon ce que vous voyez dans la journée, mais que tout cela reste inaccessible.
Je suppose que les mots s’étaient emballés dans sa bouche, car il recentra la discussion autour de Mel.
— D’ailleurs, c’est étonnant que la communauté ne t’ai pas adopté. J’imagine que tu n’as pas de pouvoir ? Tu l’ignores peut-être, mais les congrégations de la Lune adopte tous ceux qui leur sont affiliés, surtout s’ils ont de la magie, dit-il en montrant les cheveux de mon garçon.
— Adopté ?
Sentant le désarroi dans les balbutiements de Mel, je me plaçai en appui contre le rebord de l’évier et j’intervins avec le ton le plus posé dont je disposais, quand bien même cette question me mettait mal à l’aise.
— Ce village n’est pas des plus évolués… Cela permet entre autres de ne pas attirer l’attention. Je ne l’ai pas choisi pour Mel, car il n’était pas avec moi à l’époque, mais nous sommes restés, entre autre chose pour ça. Quant à ses pouvoirs, j’ai toujours supposé qu’il n’en aurait aucun vu notre famille et c’est le cas.
Je me refusais à croiser le regard de Méallan, mais il me dévisageait outrageusement. Mentir n’a jamais fait partie des valeurs que je voulais transmettre à mon neveu, cependant je ne suis pas prêt à prendre le risque qu’on me l’enlève.
— Pourquoi ils m’auraient adopté ? J’ai déjà des parents. Enfin, Louka s’est toujours occupé de moi.
— Ce n’est pas ainsi que cela fonctionne. Si un enfant de notre sang naît, il a de grandes chances de développer de la magie, et dans tous les cas, il est considéré comme l’un des nôtres. Des émissaires sont envoyés pour récupérer l’enfant, contre une belle somme d’argent généralement, mais aucun refus n’est toléré donc si ton oncle s’y était opposé… Cependant il arrive aussi que certaines naissances magiques hors paroisse soient considérées comme sans intérêt, surtout si elles sont découvertes trop tard, auquel cas elles sont juste consignées dans les archives afin de garder un œil sur les descendants à venir.
— Tu ne m’as jamais dit ça, me dit-il d’un ton de reproche. Imagine si j’avais développé des pouvoirs sans savoir que je devais être discret ?
L’allusion, elle, n’était pas discrète.
— Tu as grandi en sachant qu’il valait mieux ne pas trop se montrer en matière de magie. Surtout quand on ne sait pas qui l’on a en face de soi.
Mel se tourna vers Nacht après m’avoir lancé son plus beau regard de dédain.
— C’est quoi cette histoire d’archives ?
— Nos archives ? Nous avons une grande bibliothèque qui répertorie et suit une multitude de personnes, qui ne savent généralement pas qu’elles ont un dossier les concernant. D’ailleurs je ne sais même pas s’ils sont conscients que de telles archives existent.
— J’ai toujours pensé que ce n’était que des légendes, répondis-je sans m’en rendre compte.
— Si si, elles sont bien réelles, j’y ai passé de nombreuses années donc je peux t’assurer qu’elles existent.
— Et … ça voudrait dire qu’avec ces archives… je pourrais retrouver mon père ?
— Probablement que oui.
Mon cœur se serra en les entendant parler de cet endroit lointain où Mel voulait désormais aller. Je décidai d’aller prendre l’air sous prétexte de récolter quelques plantes à faire sécher, et ni l’un ni l’autre ne me retint.
Une fois dehors, je m’adossai à la maison pour me laisser glisser sur les fesses, puis je restai les yeux mi-clos, l’esprit embrumé par l’inquiétude. Mon cœur battait tellement vite à l’idée de quitter notre village, comme s’il était important pour moi…
Que faisais-je encore ici ?
***
Afin de pouvoir justifier mon absence, c’étaient les mains pleines de plantes que je rentrai à la maison. Je fus d’abord légèrement vexé de voir que personne n’avait remarqué mon absence.
Ils n’avaient pas bougé de la table depuis mon départ. Je tentai de reprendre le fil de leur conversation quand, sans un mot, Nacht me regarda ; peut-être que ma mine semblait renfrognée, mais il me fit en tout cas un discret clin d’œil. Finalement, quelqu’un n’était peut être pas indifférent à mon retour.
Après quelques instants embués par ce clin d’œil, je me raccrochai tant bien que mal à la discussion. Mel disait quelque chose comme :
— Là, ça va faire deux semaines que c’est fini, j’en ai eu marre.
Il avait son sourire frivole. À part une saison de chasse, je ne voyais pas bien ce qui avait fini récemment. Nacht semblait fasciné. Je déposai mes plantes sur un plan de travail et allai chercher la ficelle pour faire les bouquets.
Le blondinet riait comme si Mel lui racontait quelque chose de fantastique, puis il répondit avec enthousiasme :
— C’est vraiment dingue ! Parmi tous les livres que j’ai lus, je n’avais jamais entendu une telle histoire, je pensais que votre culture vous l’interdisait.
— Heureusement que non ! ajouta un Méallan tout enorgueilli.
Je m’asseyai à la table avec mon ouvrage “botanique”, feignant de ne pas écouter.
— Toi aussi tu es comme ça, ou c’est parce que le petit est des nôtres ?
Mel parti dans un éclat de rire et répondit à ma place :
— Louka ? dit-il en me montrant du doigt. Je ne l’ai jamais vu ramener quelqu’un à la maison, ni pour un coup d’un soir, ni pour plus, je sais même pas s’il a déjà flirté dans sa vie.
— Mel ! Rétorquais-je outré et les pommettes en feu.
— Ha ! Donc Louka est comme dans les livres ! Il n’y aura qu’une seule et unique personne dans sa vie, c’est ça ?
Nacht se tourna vers moi en attente de mon approbation, mais je restai pétrifié. Il finit par poser sa main sur la mienne avec un peu d’inquiétude dans la voix :
— Je t’ai mis mal à l’aise ? Tu sais, je trouve ça adorable que vous vouliez rester seul jusqu’à rencontrer la bonne personne, même si je ne comprends pas pourquoi vous ne flirtez qu’entre homme et femme.
Mes pensées allaient extrêmement vite ; pour autant, je ne comprenais pas grand chose à ce qu’il venait de se passer. Je regardais la main qui me transmettait autant de compassion que d’admiration avant de me libérer avec agacement. Puis, je décidai de répondre à Mel en premier :
— Mais Mel, bien sûr que non, j’ai eu bon nombre de conquêtes, c’est juste devenu compliqué quand tu as emménagé avec moi. Tu peux demander à Gaïzka, elle m’a vu plus d’une fois rentrer en bonne compagnie. Et tes livres, Nacht, ça s’appelle des contes, c’est vieux et archaïque, avec des hommes virils qui sauvent les “damoiselles en détresse” !
Mel décida que s’était le bon moment pour nous laisser dans cette conversation gênante et sortir voir son “ex” dont je n’avais jamais imaginé jusqu’à l’existence.
Affligé, je passai mes mains sur mon visage en constatant qu’une fois encore, mon garçon avait une bien piètre image de moi.
Nacht se rapprocha et posa très lentement sa main sur mon épaule comme pour ne pas me brusquer.
— Je suis désolé si nous t’avons heurté. Ma remarque ne se voulait pas blessante. Chez nous, la fidélité ou la promiscuité n’existent pas, on échange avec la personne que l’on veut, sans engagement et c’est même rare que l’on ne soit que deux. Aussi j’ai toujours été fasciné à la lecture de vos histoires, où les personnages, peu importent les enjeux, finissent ensemble. Et cela m’a amusé de voir que Mel vivait les choses à l’inverse de moi, puisqu’on attend de lui qu’il n’aime qu’une personne dans sa vie.
— Je ne savais même pas qu’il avait quelqu’un… Sincèrement, je te souhaite de ne jamais décevoir Tsuki autant que j’ai déçu Méallan. J’ai l’impression d’avoir toujours fait de mon mieux avec lui, mais aujourd’hui je suis juste un… vieux machin !
— Vieux machin ?
J’entendis un sourire en coin mais chaleureux dans la prononciation de ces mots.
— Tu n’es pas un “vieux machin”, tu as quoi ? La trentaine à tout casser ?
Relevant la tête pour lui répondre, je m’aperçus que quelque chose clochait. J’avais eu trente ans un jour, mais quand ?
— Non. J’ai eu trente ans, mais ça date, enfin il me semble. Il y a peut-être dix ans, ou plus…
Un frisson de malaise couru dans mon dos, comme si j’avais oublié quelque chose.
Je ne sais pas exactement si ma réflexion amusa le jeune homme ou s’il voulait seulement me flatter, mais il posa sa main sur ma joue pour attirer mon regard, me lassant sentir son amusement et ajouta d’une voix charmeuse :
— Eh bien, vieux machin, je te trouve très bien conservé.
Même par politesse, je ne réussis pas à sourire, alors que sa paume me transmettait une réelle compassion. Il me proposa son aide pour faire les bouquets, tout d’abord silencieusement ; peu à peu, il relança la conversation sur des sujets plus légers.

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