39 – … Et regards vers l’avenir

Ne voyant pas Nacht revenir, je m’inquiétai. Tsuki commençait à bailler de plus en plus ; je la pris contre moi en attendant de la ramener à la maison. Quand Mel vint m’annoncer avec un sourire béat qu’il rentrait se coucher, je profitai de l’occasion. 
Mel, ça fait un moment que Nacht est parti faire un tour, et… 
Tu veux que je ramène Tsukinette ?
Je suis désolé de te demander ça, mais…
Nan mais c’est bon, concrètement ma mission c’est monter la clairière que je monte au moins une fois par jour depuis douze ans et mettre une fillette dans son lit avant d’aller moi-même me coucher ?
C’est ça, merci.
Il récupéra la petite et commença à s’éloigner, mais après quelques pas, il se retourna et ajouta :
Eh, Cendrillon ? Tu as la permission de minuit, amuse-toi bien et ‘fais pas trop de bêtises. 
Sitôt ils furent partis, sitôt je quittai la soirée pour retrouver Nacht. Je ne mis pas longtemps à le trouver, il semblait errer dans le village sans trop savoir où aller.
Je m’approchai à grandes enjambées.
Nacht ! Tout va bien ?
Il eut un rire sans joie, presque mauvais et resta dos à moi. 
Non, ça ne va pas. Mais qu’est ce que ça change ?
Le fait qu’il ne pose pas de question concernant sa fille fut ce qui m’inquiéta le plus : quoi qu’il arrive, Tsuki était toujours sa priorité.
Tu pouvais me dire que tu n’aimais pas ce genre de soirées…
Ah, mon pauvre Louka, si tu savais… Ce genre de soirées, c’est toute ma vie, enfin, ma vie d’avant…
Le ton amer me heurta, il leva les yeux vers le ciel pour contempler les étoiles et déglutit difficilement. Je me rapprochai un peu plus, et il repris sur le même ton : 
Si j’avais pensé un jour me retrouver dans un endroit comme celui-ci ! Dire que je pensais être quelqu’un d’important, comme on me l’a dit encore et encore…. J’aurais dû développer un grand pouvoir et un jour atteindre une place au sommet de la congrégation. être en contact avec eux.
Il montra les constellations alors que je continuais à m’approcher, la main tendue vers lui, prêt à lui saisir le bras en signe de sollicitude.
Au lieu de ça, je me suis cacher dans un petit village, à être hébergé par l’un de ceux qui était censé être mon ennemi.
Mon sang se glaça et je reculai ma main. Il se tourna enfin pour me regarder d’un regard de glace. J’apercevais une partie de lui qu’il ne m’avait pas encore jamais montrée. Mais devant mon expression de stupeur, il dû se rendre compte de ce qu’il avait dit, car son expression passa en un instant, vers un regard chaleureux et un sourire, bien qu’un peu timide, bien plus doux que le visage fermé que je venais de voir. Il me saisit la main et se repris :
Excuse-moi, c’était blessant. Il déposa un baiser sur ma main en guise d’excuse. Ma maison me manque… Je crois que j’avais réussi à ne pas y penser avant ce soir.
Il m’observa un instant, comme si quelque chose clochait :
Tu n’es pas avec Tsuki ?
Méallan est parti se coucher, et il m’a proposé de la mettre au lit pour que je puisse venir te chercher. Je… Je m’inquiétais pour toi.
Merci d’avoir veillé sur elle. Et sur moi.
Il me fit un sourire tendre et espiègle puis entrelaça ses doigts avec les miens.
Je restai muet. Il posa sa main sur ma joue et je sentis son irrésistible envie de m’embrasser.
Ses lèvres s’approchèrent des miennes, et son souffle, juste avant le contact. Ce sourire que j’aime tant, juste à portée de bouche.
Mais au dernier moment, je perçus une grande lourdeur sur lui, plus forte que son envie de moi. Il recula d’un pas, sépara sa main de la mienne et m’annonça :
Je me suis peut-être un peu emballé, excuse-moi. Il se fait tard, je vais rentrer.
Toute son attitude corporel semblait s’être fermée, il n’était plus ni avenant, ni jovial.
Je sentis le rouge me monter aux joues, un rouge bien loin de celui qu’il m’avait provoqué jusqu’ici la colère.
Arrête !! Je ne comprends pas ! Je… Qu’est ce que tu veux ? Je sens bien que je te plais, mais chaque fois que tu avances vers moi d’un pas tu recules de dix.
Il s’approcha pour me prendre la main, l’air désolé et confus. Je l’esquivai avec un regard de défiance, avant de le contourner, puis je pris la route pour rentrer me coucher. N’entendant pas ses pas je compris qu’il restait planté comme un idiot. Son apparente assurance s’était complètement dissipée face à mon agacement.
À chacun de mes pas, je renonçai un peu plus à ce qu’il me retienne.
Et après ? me cria-t-il. Ose dire que tout ce que tu veux de moi, c’est une histoire d’un soir ! On sait tous les deux que je vais repartir… J’ai déjà pris trop de risques en restant, mais je n’arrive pas à me résoudre à te quitter.
Il avait touché juste : je ne voulais pas de cet homme juste pour une nuit. Cependant, il n’avait encore jamais été aussi honnête sur les “risques” qu’il prenait. Je m’arrêtai alors qu’il se rapprochait avec hésitation.
Alors on continue comme ça, à se tourner autour comme deux ados ? lui grognai-je sans me retourner.
Je suis désolé, j’aurais aimé te rencontrer dans d’autres circonstances… Et en même temps, ce sont ces circonstances qui m’ont permis de te rencontrer.
Je sentis sa main s’approcher de ma nuque, avant de se stopper net, comme si je venais de le lui interdire.
De deux choses l’une. Soit nous rentrons nous coucher chacun de notre côté et on acceptons le fait que malgré notre attirance mutuelle, il ne se passera rien, mais vraiment rien : plus de contact, plus de clin d’oeil, ou d’autre allusion. Soit nous sommes d’accord sur le fait que tout s’arrêtera quand tu repartiras et nous passerons les meilleurs moments possible ensemble. Je te laisse le choix.
Les secondes suivantes me parurent si longues que je m’apprêtais à reprendre ma route. Mais sa main atteignit ma nuque pour glisser sur mon cou et je sentis une pleine acceptation à ma seconde proposition monter tout le long de mon dos. Il me maintint ainsi avant de poser ses lèvres avides de l’autre côté de mon cou.
Mes jambes se dérobaient sous le poids de mon soulagement. Il serait bien temps au petit matin, de s’interroger sur les risques qu’il encourait : à cet instant, il était à moi autant que j’étais à lui.
Quand il décolla sa bouche de ma nuque pour respirer, je pus reprendre mes esprits et me retourner, pour enfin prendre ce baiser, que j’avais tant attendu. La tension de ces derniers jours de frustration eurent besoin de longues minutes, où je dégustais ses baisers pour enfin se dissiper.
Je descendis mes mains le long de son dos avec une furieuse envie de brûler les étapes.
À ce moment, nous entendîmes des voix et des rires s’approcher, aussi, nous nous figeâmes tous les deux.
Un petit groupe de trois ou quatre villageois passèrent, et l’un me dit :
Belle soirée, c’était sympa de te revoir en ville Louka, bonne nuit !
Oui, bonne nuit monsieur Yorrick…
Une fois qu’ils eurent quitté la ruelle, Nacht et moi échangeâmes un regard complice, suivi d’éclats de rire, comme deux ados pris en flagrant délit.
Je l’attrapai par la main et l’emmenai dans un endroit plus sûr pour flirter.

* * *

Après cette soirée agitée, nous rentrâmes à la maison avec une complicité nouvelle, ou plutôt enfin avouée. Malgré les tumultes de la soirée, la présence de Nacht et son intérêt pour moi me rendaient euphorique.
Gravissant la petite colline dans l’obscurité de la nuit, même si la lumière du matin commençait à arriver très lentement.
Mais en arrivant devant chez moi, je fus pris d’une hésitation : une fois cette porte passée, le moment serait fini, chacun irait se coucher et peut-être que demain… Une fois ramenés dans notre routine, et réaliste sur le fait que tout ça n’aurait peut être pas de suite, nous ferions comme si ce moment n’avait pas existé ?
Je dus rester un moment figé à regarder la poignée, car Nacht s’approcha de moi : il passa l’une de ses mains autour de ma taille, posa un doux baiser dans ma nuque, et s’avança pour attraper la poignée de la porte.
Un frisson d’émotion me fit sentir qu’il avait envie d’autre chose que d’aller dormir ; il ne me manquait que ça pour me décider.
J’enlevai sa main de la poignée pour l’attirer vers moi et m’autorisai à poser mes lèvres contre les siennes. Il eut un instant de surprise puis je sentis ses lèvres bouger, alors qu’un sourire se dessinait sur son visage, me rendant mon baiser.
Tu deviens bien entreprenant, me dit-il avant de m’embrasser dans le cou, descendant lentement sa bouche vers mon torse.
L’idée te déplaît ? lui répondis-je d’un ton amusé.
Pas le moins du monde…

Notes de N.X :

En voilà un moment que j’ai plaisir à relire.

Pour des raisons de pudeur et pour rester tous publics, la fin de cette douce soirée est dans “le temps suspendu” : “chapitre 1 : première fois ?

Il n’est pas indispensable de le lire pour comprendre la suite de notre histoire, mais cela me semble important pour ceux qui souhaitent suivre l’évolution de notre relation.


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