“Tien gamin, je t’ai trouvé ça”
Plongé dans ma lecture, je n’avais pas entendu Stime revenir, mais il était là face à moi, me tendant un carnet. L’âme un peu morose, je m’étais emballé dans le châle que de Nacht pour rester concentré sur mon objectif.
— Ça fait quoi, deux semaines qu’on roule ensemble et que tu n’as plus de place dans ton précieux aide-mémoire, alors je t’en ai acheté un nouveau.
Je me saisis de l’objet et le remerciais, alors qu’il reprit.
— Je sais bien que celui ci n’est pas fait par toi, mais comme le précédent est terminé, que tu as même attaquée la couverture arrière, et que nous n’avons pas la possibilité d’en refaire un : joyeux anniversaire, en avance, ou en retard. Peu importe.
— J’ai l’impression que ma mémoire se porte de mieux en mieux depuis que nous sommes partis. Mais merci, cela me rassurera de reprendre mon journal.
Assis sur le bord arrière de sa carriole, je prenais des notes sur un ancien carnet. Stime déposa le panier rempli de vivres derrière moi avant de s’asseoir à mes côtés. Je sentis l’installation s’affaisser légèrement sous son poids.
— Toujours pas décodé ? demanda t’il en indiquant le livre que je tenais d’un signe de tête.
— Non, je ne comprends pas. Jai l’impression qu’il me manque une clef pour décoder son message. Il a entouré de nombreuses lettres dans les livres de contes de ma mère et je pense vraiment que c’est une piste, mais tout est dans ma langue maternelle et je ne suis pas sûr que Méallan maîtrise bien cet alphabet.
— Ou encore, c’est la gamine qui a entouré des trucs au pif et on fait fausse route…
— Possible aussi… Soupirais je.
J’avais commencé à saisir les caractères entourés sur la couverture de mon ancien carnet.
— Ça donne quoi pour l’instant… ?
— Je t’en lis un échantillon si tu veux, c’est passionnant : g f r t o c i s o a z p r t r e j. Et ça continue comme ça pendant des pages et des pages.
Stime se relava pour se diriger vers son poste de conduite.
— Il est temps de reprendre la route bonhomme. J’ai pas trouvé grand chose pour nos repas, on s’arrêtera dans quelque jours pour refaire le plein. Je sais pas où tu retrouveras les autres mais la plus grande bibliothèque des luniens est à presque quatre mois de route.
— En espérant que ce soit bien là-bas qu’ils sont.
— En espérant qu’on ait pas trop de détour à faire, c’est pas parce que je te fais le voyage que mes affaires sont en pause. Et puis, pas qu’tu sois désagréable, mais alterner la garde de mon plumard avec quelqu’un, ça va bien une ou deux nuits, mais pas plus.
Je le rejoignis à l’avant et continuais à relever les caractères, l’écriture de mon journal attendrait le moment où Stime dormirait, car je n’aurais alors rien d’autre à faire. Sa carriole n’est pas adaptée pour deux personnes et le confort y est plus que rudimentaire.
* * *
A notre départ d’Eleor, je suis tombé de fatigue, d’après Stime, j’ai dormi presque 2 jours entiers. En me réveillant, j’ai mis un certain temps à comprendre où je me trouvais, cela faisait des années que je n’avais pas dormi autre part que dans ma couchette sous l’escalier. Quand mes idées se sont mises en place, la séparation et nos départ à Méallan et moi, me sont revenues avec une intense violence.
J’essaye de ne pas trop penser à eux. À mon neveu bien sûr, mais aussi à Nacht et Tsuki. Même s’il est évident que mon but est de les rejoindre, cela risque de prendre du temps et nous devons avant tout trouver où est la bibliothèque d’archive dont Nacht nous parlait. D’après Stime il y en a une dans la congrégation du Sanglier, mais même si nous la rejoignions, il est peu probable que j’y rentre librement et j’y trouve Nacht s’y baladant alors qu’il est recherché.
Au quatrième jour de voyage et à force de chercher un indice de la part de mon neveux, j’ai fini par me rendre compte qu’il m’avait laissé ce message codé, ces lettres entourées dans plusieurs livres de ma mère. Chaque recueil est composé d’environ cent cinquante pages, avec approximativement dix caractères entourés par page. Cela fait beaucoup de caractère pour un simple “rendez vous à tel endroit” donc je suppose que je dois faire une sélection mais je n’ai pas encore trouvé la clef.
J’ai été tellement soulagé d’avoir enfin une piste.
En tout cas, malgré mes réserves envers Stime, j’ai estimé que nous n’avancerions à rien si je ne lui accordais aucune confiance et que je lui cachais des choses. Je lui ai donc expliqué ce que j’avais trouvé, et nous avons décidé que pour l’instant la seule chose que je pouvais faire était de recopier et les traduire. Ensuite, à nous deux, nous essayerons de trouver une piste. Ce n’est pas une tâche aisée alors que la carriole tangue. Nous devrions réfléchir plus posément quand nous arriverons en ville et nous reposer réellement. D’ici là, je dois attendre les moment où Stime dort pour pouvoir avancer sur ma tâche.
Stime utilise sa magie pour faire avancer la carriole, alors nous ne pouvons pas prendre la route tant il dort. Je ne suis pas très à l’aise avec lui mais nous apprenons doucement à nous apprivoiser. Il y a eu quelque moment d’inconfort au départ, que j’ai noté tant bien que mal sur des pages restant de vieux carnets et que je rajouterais dans celui-ci.

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