47 – Entre songes et souvenirs

J’ai rêvé cette nuit.
Cela peut paraitre idiot comme réflexion, mais ça ne m’était plus arrivé depuis de longues années. Or ce matin, je me suis réveillé avec cette sensation étrange que j’étais ailleurs l’instant d’avant, et tout me revient rapidement.

Oxanne et Maman…
Je retrouvais ma vie d’autrefois, avec ma sœur et ma mère dans la maison de mon enfance, je dois avoir entre dix-huit et vingt ans, Oxanne doit donc en avoir entre vingt-et-un et vingt-quatre. Mais je ne sais pas bien si c’est un souvenir ou juste un rêve.
J’y voyais notre salle à manger, la longue table massive. Ma mère, fatiguée par l’âge et les épreuves de ces dernières années, était assise à l’une des extrémités avec une tasse entre les doigts de sa main légèrement ridée, un faible sourire sur le visage et le regard qui s’égare. Oxanne se tenait assise à côté d’elle, elle lui remit son châle sur ses épaules pour qu’elle n’ait pas froid, j’entendais ses mots tendres pour notre mère, elle veillait sur elle comme elle l’a toujours fait.
Je me retournais vers le poêle, la casserole était chaude et je mélangeais à demi perdu dans mes pensées, je ruminais, comme souvent puis j’allais m’assoir en bout de table. Oxanne demandait à maman des nouvelles de nos voisins, d’amis de la famille, puis elle lui raconte sa vie, ses études.
Puis elle annonça enfin à maman qu’elle allait partir, encore, et plus longtemps cette fois.

Je me crispais de plus en plus, les mains qui s’ancrent dans la table pour ne pas me faire engloutir par mes émotions, mes mâchoires se crispent. D’un coup, je me levais pour ne pas montrer toute ma faiblesse devant ma mère déjà si mal en point. Je fis quelques pas et enserrais le montant d’une fenêtre en regardant au loin, tentant de ne pas faire une crise de folie supplémentaire. Tout se bousculait dans ma tête.
Jusqu’au moment où je sentis deux bras se nouer autour de ma taille, puis une tête venir se poser entre mes omoplates.
— Chuuuuut, tout va bien. Me murmura Oxanne. Respire avec moi.
Elle monta une main jusqu’à mon sternum et m’accompagna dans ma respiration. De longues minutes passèrent et elle restait là contre moi.
— Ça va aller, nourris toi de mon calme.
— Il y avait encore…
— Trop de bruit ?
— Oui, répondis je d’une voix penaude, je suis toujours incapable de me contrôler, comme un gamin !
— Tu es bien loin du gamin que tu étais, que ressens tu ? Toi, la maintenant ?
Je fermais les yeux et inspirais pour me connecter à moi même.
— J’ai peur, je suis heureux de cet instant, avec toi, et maman, mais je… j’appréhende, qu’est ce qu’il va se passer maintenant que tout est en place ?
Oxanne resta silencieuse et relâcha lentement son étreinte, alors que je senti du doute s’immiscer en elle, j’attrapais ses mains avant qu’elle ne s’enfuit.
— Tu vas vraiment partir ? Pour de bon ? Dis-je tout bas.
— Oui… Je dois le faire, encore.
— Alors… Je viens avec toi !
— Tu en es sûr ? Une fois que tu auras commencé, tu ne pourras plus faire marche arrière.
Le regard fuyant, elle glisse honteusement ses doigts le long de son cou pour baisser l’encolure de sa chemise et je vois les quelques caractères qui brillent dans sa nuque.
— Je ne t’en empêcherai pas, ce serait hypocrite de ma part, mais il faut que tu sois conscient que ça va tout changer.
— Oui, je suis près.

Après cela, je me suis réveillé, la détermination que j’avais ressentie dans mes songes me comprimait le cœur et me laissait le souffle court, je m’enroulais un peu plus dans le châle de Nacht à la recherche d’un peu de réconfort.


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