49 – Chasseurs de primes

Deux semaines et quelques de voyage.

Comme Stime l’avait prévu, nous avons dû faire escale dans un village, nous commencions doucement mais sûrement à manquer de vivre, donc il a décidé de s’arrêter dans le premier village venu. Stime a laissé sa carriole et moi-même dans une ruelle discrète en me demandant de rester à l’intérieur et de ne pas me faire remarquer. Etant donnée notre situation, je me suis sagement exécuté. Il a eu la gentillesse de me chercher autre chose à manger que des carottes, et j’avoue que cela me réjouit.

Nous ne sommes pas restés longtemps sur place.

Pour repartir, nous avons traversé le village rapidement, jusqu’au moment où mon compagnon de route s’est arrêté net pour voir un panneau d’affichage, comme on en voit dans presque tous les villages et les villes : ce genre de panneaux en bois, sur lequel sont placardés des avis de recherches et autres annonces en tous genres. Je regardais discrètement ce qui avait pu lui attirer l’œil. Ma respiration se stoppa net quand je vis description qui me parlais.

“Jeune homme, mince, environ un mètre quatre-vingt, cheveux court, méché bleu et le visage parsemé de taches de astral. Utilisation de magie imprévisible. Si vous le voyez, prévenez les autorités des enfants de la Lune. Ne tentez pas d’intervenir”.

La voix tremblante, je demandais :

— Stime ? Tu crois que c’est Méallan ?

Il bougea légèrement la tête et je compris que s’en était une autre qu’il l’avait interpellé. Il la décrocha et la mit dans sa poche, puis regarda celle dont je parlais.

— Ah, ça ? Non, lui c’est le veilleur. Une sacré petite enflure. Il eut un sourire amusé et teinté d’orgueil. Il est recherché depuis des dizaines d’années, il serait temps que cette annonce soit enlevé ou mis à jour. Je lui courais déjà après il y a vingt ans. Honnêtement, même si un chasseur de prime croise ton neveux, il ne préviendrait personne : dans le métier tout le monde sait que ça ne sert à rien de courir après c’lui là.

— J’espère que tu as raison…

Il arracha une seconde affiche, comportant le portrait d’une jeune personne aux traits fins, avec une chevelure très dense et bouclée. Il la roula en boule dans sa poche, avant de remonter près de moi, et je ne cessais de tourner sa phrase dans ma tête : “ dans le métier”. Était-il chasseur de prime ? Et qu’y avait t’il sur l’annonce qu’il avait prise ? Je me perdais dans mes pensées, sans oser lui poser des questions, jusqu’à ce qu’il me sortit de mes pensés en déclarant :

— Nous allons faire un détour. On va passer par Valdoré, il faut que je parle à des gens.

— Ça a un rapport avec l’annonce que tu as prise ?

Je n’étais pas très à l’aise pour faire mon curieux mais l’idée de traverser une ville m’angoissa rapidement aussi, mon besoin d’en savoir plus, de me préparer mentalement, avait pris le dessus. Il fit un claquement de langue d’agacement.

— Je vais t’aider comme convenu, mais j’ai mes propres affaires à régler. Un de mes proches qui a disparu, enfin… Iel est parti et je suis inquiet pour iel, et maintenant, il y a une autre affaire qui vient de s’ajouter.

— Tu n’es donc pas chasseur de primes ?

— Non, mais comme c’est un peu ce que je faisais pour les luniens, c’est devenu une seconde nature pour moi de chercher des gens.

— Tel que le jeune homme de l’annonce.

— C’est ça, d’ailleurs il a été ma dernière cible. Et concernant Azalée, maintenant qu’iel est sur ce genre de panneau, c’est probablement qu’iel a des ennuis donc je dois me rendre au plus vite dans la commu’ pour en savoir plus.

— La commu’ ?

Il me regarda comme si je n’avais rien écouté de ce qu’il m’avait dit depuis notre départ d’Eléor alors qu’il ne me dévoilait jamais de rien le concernant.

— La communauté des conteurs, on dit aussi le réseau. Je les ai rejoins quand j’en ai eu ma claque des luniens et leurs castes à la con. Nous sommes présents dans toutes les villes et dans une majorité de village, mais de manière parfois plus furtive.

— Tu es un conteur ? Lui répondis-je avec perplexité.

— En effet, et crois moi que ça n’a pas été simple. Déjà parce qu’il faut en trouver, mais une fois que tu les as trouvés, tu n’intègres pas la communauté des conteurs sans qu’on t’y ait fait rentrer. J’ai mis des années à prouver que je pouvais être des leurs, et des années encore avant qu’on me permette de passer la dualisation.

Il dû comprendre à mon air perplexe que je ne savais pas plus de quoi il parlait car il reprit rapidement :

— Chez les conteurs, il n’y a pas que des personnes dont le métier est de conter, mais ça représente la majorité d’entre nous. Pour devenir conteur, il y a une cérémonie, qu’on appelle la dualisation, lors de laquelle un parleur et un musicien vont se choisir, ensuite, ils entament ensemble leur voyage. Entre nous, le terme de “conteur” évoque uniquement ces duos, et même si chaque membre né dans la communauté peut s’y présenter, c’est un honneur que de passer la dualisation et devenir un couple de conteur, donc certains se présentent plusieurs fois, deux, trois, rarement plus.

Même si je tentais de me contenir, je ne pouvais m’empêcher de me tordre les doigts pour tenter d’évacuer mon anxiété, ce que Stime ne tarda pas à remarquer.

— Ho, et ne t’inquiètes pas, comme tu es avec moi, tu seras accueilli à bras ouverts.

— C’est plutôt le fait d’aller dans une ville qui m’inquiète.

— On restera en petit comité la majorité du temps, et tu auras toujours la possibilité de t’isoler si besoin. J’y veillerais. Et puis les conteurs n’ont aucun souci avec les empathes.

L’idée d’aller dans une ville restait en grande source de stress, mais je ne pouvais pas m’y opposer. Cela dit, je suis très intriguée de voir cette communauté de l’intérieur et d’en apprendre d’avantages sur eux.


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